Un Zemmour et au lit

par | 12 Oct 2021

Si parfois on peut galérer à trouver un sujet qui vaille la peine de s’y attarder, il arrive aussi qu’une actu soit tellement prédominante qu’on ne sait plus comment l’éviter.
C’est le cas d’Eric Zemmour: Des troufions aux quatre coins de France collent des affiches pour nous expliquer que c’est soit lui soit le déluge; que la France a besoin d’être sauvée, de quoi? on ne sait pas mais sauvée quand même! Sans oublier les sondages qui nous préviennent que lorsque la côte de Zemmour ne monte pas c’est qu’elle risque de monter lors du prochain sondage… bref, on bouffe du Zemmour, des prénoms à consonance barbare, et autres sujets chers à ce monsieur qui nous feraient presque oublier qu’on s’en fiche.

Or, c’est là où c’est rigolo, Zemmour n’est qu’une jolie petite bulle de savon médiatique qui attend de se former pour disparaître aussitôt. «Zemmour Président crédible» est à la mode mais, à l’instar du jean taille basse ou de la coupe mulet, c’est une mode vouée à être démodée. 

Eric Zemmour était un journaliste politique du Figaro jusqu’à ce que l’étiquette «vu à la télé», chère aux camelots du téléachat, n’en fasse un penseur du samedi soir entre deux jeux de mots de Laurent Ruquier. Fort de son succès télégénique dû à l’adage «c’est la médiocrité des autres qui vous donne du talent», le commentateur politique s’est imaginé intellectuel, et ses groupies l’ont aidé à se rêver messie.
Avec le temps, au lieu de s’en aller, Zemmour est devenu omniprésent au point de se dire (ou de faire semblant de se dire): «et pourquoi pas moi?». Il est allé jusqu’à sacrifier à la coutume du candidat ou supposé candidat qui sort un bouquin en septembre pour expliquer au peuple, à la manière de Gotlib, que «bon sang mais c’est bien sûr» votez pour moi et l’histoire vous en remerciera.

En revanche, si les bouquins des présidentiables prennent généralement un bide, celui de Zemmour se vend, alors ça intrigue et on en cause partout, tout le temps, même pour se plaindre d’en parler. Mais le réel est tenace:

Si Zemmour finit par officialiser sa candidature, il devra trouver les fameuses 500 signatures puis le pognon pour faire campagne. Disons qu’il y a toujours 500 connards pour prendre le départ, et assez de pigeons pour faire des dons: nous aurons donc Zemmour candidat.
L’exemple de Trump n’est en rien à transposer car Donald 1er a eu l’investiture du parti Républicain. Il faudrait donc que Zemmour soit le candidat LR pour que ce soit jouable, il n’en est et n’en sera rien. Zemmour serait (ou sera) un candidat sans parti ce qui veut dire un candidat sans les personnalités crédibles ou expérimentées pour gouverner avec lui.
Certes, le précédent Macron nous fait songer que l’on peut gagner une élection sans avoir un appareil politique derrière soi. Mais ce serait omettre qu’Emmanuel Macron avait des responsabilités gouvernementales qui le rendaient crédible; que le président Hollande ne s’est pas représenté, que la gauche nous a proposé un candidat bancal à la place; et que la droite nous a offert un joyeux hara-kiri; ainsi, ce fut le centriste Macron qui l’a logiquement emporté. Faute de merle on se coltine une endive.

Or, Zemmour n’a jamais eu aucune responsabilité politique; il se place à la droite de la droite, voire dans la banlieue de l’extrême droite, pour ne pas dire au carrefour de la droite nationale… ce qui rend sa candidature un brin fantasque. Mais combien croyez-vous que ce genre de candidature finisse par faire de voix? Peut-être plus que le parti communiste mais certainement pas assez pour franchir les 5% permettant un remboursement des frais de campagne. Si l’on suppose que Zemmour n’est pas trop con, outre son coup de com, il connaît parfaitement la finalité de cette histoire: se ridiculiser.

Bref, Eric Zemmour aura une chance d’être président de la République le jour où les poules auront un appareil dentaire.

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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