2016, année de la baise
Par Agathe André

On the road with Agathe ANDRÉ

Agathe Andre by CabuMains aux cul, pelotages en règles, insultes charmantes, viols avérés…Pour le passage à 2016, Cologne a pris l’habit de lumière de la Place Tarhir en 2013: des hordes de mâles en rut et souls comme des Huns se sont jetés sur des centaines de femmes comme des prédateurs sur des gazelles, pour prouver, sans doute, qu’ils avaient encore des couilles et le sens de l’honneur. A défaut d’avoir des papiers.

Car oui, la majorité des suspects sont, semble t-il, des étrangers, des réfugiés, des demandeurs d’asile.

Effectivement, ça fait mal au cul – au moins autant que chez nos consœurs rhénanes le soir de la Saint Sylvestre-  et on cracherait bien volontiers sur l’élan de solidarité et d’humanisme suscité chez les Occidentaux par la photo du petit Aylan échoué sur les plages turques (allez savoir, peut-être ce gosse était-il chiant à vous péter les tympans et chialait-il 24h/ 24 sans raison apparente, sauf celle, quasi légitime chez ses compagnons de fortune, de le foutre par dessus bord d’un radeau de survie. L’histoire ne le dit pas). Effectivement, ce constat donne envie de vomir sur l’échec du multiculturalisme et la bien-pensance des droits de l’Hommisme, voire de rejoindre le rang des ratonnades des néo-fachos allemands, ou pour les plus démocrates d’entre nous, de castrer les dits-migrants et de les déchoir de leur attributs virils dès leur arrivée sur le territoire européen.

Évidemment, ce serait complètement con: ce serait oublier, un peu vite, que sur le champ du désir et des généralités, nos amis teutons sont aussi primitifs que nos frères migrants biberonnés à la frustration sexuelle.

En Allemagne, les viandards vont au bordel. Il arrive même, comme lors de l’Euro 2008, que le corps des femmes soit en promotion. En Allemagne, si l’on veut consommer de la touffe, on paie. C’est la seule différence culturelle qui séparent les clients européens de la prostitution et les nouveaux arrivants d’obédience musulmane, persuadés que la femme occidentale est en libre service.

Loin de moi, l’envie, ici, de défendre la pénalisation des clients de la prostitution qui est aussi stupide à mes yeux que de fermer les frontières.  Mais ceux qui vont aux putes trouvent l’espace légal de baiser des femmes qui appartiennent à tout le monde et qui « en étant collectives, n’appartiennent à personne, disait Elsa Cayat, « la prostitution permet à l’homme, le temps d’une passe de s’abstenir du rituel de la séduction ».

Tous les allemands ne paient pas des putes. Tous les migrants n’attouchent pas les femmes. Mais vu de haut, deux cas de frustrés de la bite.

Pour l’un, il suffit de payer pour accéder à mon corps. Pour l’autre, il suffit que je sorte le soir, une cigarette au bec et une coupe de champ’ à la main. Dans les deux cas, une approche du corps d’autrui aussi archaïque que le défoulement pulsionnel de la prise conquérante des femmes en temps de guerre.

Que la nouvelle année se transforme en Nuit de la Chatte comme dans le Varsovie féministe de 2010, avec plaisir. Mais que ma chatte et le désir qui lui est dû se distinguent toujours de la consommation et de la pulsion primitive. Dans la sexualité, se joue une valeur universelle. Prenez-moi, messieurs, prenez-moi mesdames, mais dans un art de vivre collectif.

par Agathe André

# [Les derniers articles de Agathe André]

La une de Charlie