3 ans après le séisme
Par Anthony Casanova , le 9 janvier 2018

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Il y a 3 ans, les neurones toujours aromatisés aux bulles de champagne du réveillon, nous reprenions tranquillement le chemin de la rentrée. C’est l’écrivain Michel Houellebecq, via son livre Soumission, qui ouvrit le premier débat de l’année. Alors que chacun s’apprêtait à donner son avis, le mercredi 7 janvier, vers 11H40, ce fut l’horreur. Un attentat à Charlie. Des morts. Puis, comme des cons, tristes et impuissants, nous attendions les noms. Ils furent nombreux.

A partir de là, ce fut le flou. Des larmes, de la colère, une envie de tout foutre en l’air… et des informations qui commencèrent à se bousculer: le 8 janvier une policière assassinée à Montrouge, le lendemain c’est une prise d’otages dans une imprimerie… ah non dans un Hyper-Cacher… ah non dans une imprimerie et dans un Hyper-Cacher. Il y a un moment où le cerveau ne suit plus, la saturation opère, on n’en peut plus, on finit par être dépassé par nos propres émotions. Bilan macabre de ces trois jours: Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Cabu, Elsa Cayat, Charb, Honoré, Bernard Maris, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Tignous, Georges Wolinski, Ahmed Merabet, Clarissa Jean-Philippe, Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Attab, François-Michel Saada. Un attentat contre la presse, un attentat antisémite et des flics assassinés. Mais comme le disait Cavanna «il faut bien vivre puisqu’on ne meurt pas», alors le 11 janvier, sous la bannière du slogan «Je suis Charlie», des millions de personnes ont manifesté dans tout le pays pour exprimer leur solidarité.

Si au soir du 11 janvier nous avions pu -peut-être- espérer un bref instant que «rien ne serait plus comme avant», l’illusion fut de courte durée et très vite sont apparus les «je suis Charlie mais…» et les «Je ne suis pas Charlie». Ceux qui avaient toujours détesté le journal Charlie Hebdo en ont profité pour le salir de plus belle, ceux qui ont toujours détesté les Juifs ont pris soin de les exclure du slogan d’union «Je suis Charlie». Avec le temps, comme toutes les horreurs de l’histoire, les commémorations se feront rares: 5ème anniversaire, 10ème, 15ème, 20ème, 30ème, 50ème… eh oui Alphonse Allais avait raison «Plus on ira, moins il y aura de centenaires qui auront connu Napoléon».

Certes, l’oubli est un processus naturel mais lorsqu’il arrive trop tôt on ne peut y voir qu’un affront supplémentaire. Par exemple dans le numéro de Charlie Hebdo du 3 janvier 2018: la journaliste Agathe André revient sur l’association fondée en 2015 par Charlie Hebdo et SOS Racisme, Dessinez Créez Liberté, dont elle est la présidente. Elle y raconte qu’en réunion avec le ministère de l’Education Nationale en septembre dernier, on lui a dit textuellement qu’un «projet chasse l’autre» et que l’association n’aurait plus le soutien financier de l’Education Nationale mais que cela pourrait changer «à la faveur d’un attentat». Si on en est déjà là 3 ans après, je n’ose même pas imaginer ce qu’il en sera l’année prochaine.

Aujourd’hui: l’équipe de Charlie est toujours en proie aux menaces de mort et plus de la moitié des ventes du journal servent à assurer leur propre sécurité, une policière fut rouée de coups en pleine rue, et l’antisémitisme se porte bien puisque Gallimard n’a rien trouvé de mieux que de publier les textes les plus immondes de Céline. Pour couronner le tout, Jupiter-Macron, le président dont la pensée est tellement complexe qu’elle nous paraît complètement conne a déclaré: il faut faire attention «à une radicalisation de la laïcité». Année après année c’est toujours la même chose mais cette fois-ci la rime s’y prête: 2018, année de la fuite.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

# [Les derniers articles de Anthony Casanova]

Patrick FONT - Souvenirs d'un cowboy d'opérette