7 ans de bonheur (part.22)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire


Oh chierie de vacances de merde !… Que l’on me pardonne cette entrée en matières, mais vraiment, depuis que je suis maître d’école, les vacances me sortent par le nez. Mon bonheur, c’est ma classe, avec sa trentaine de frimousses qui rigole à pleins poumons quand je fais le clown, disons que ma classe, c’est mon premier public. C’est un peu l’ambiance de la série télé « L’instit », avec Gérard Klein à  qui j’aurai le plaisir d’adresser des compliments à l’occasion d’une rencontre inopinée dans la campagne à l’ouest de Paris, quelque trente ans plus tard. Dans cette série, on peut assister aux aventures d’une classe qui correspond à ce que j’ai toujours voulu réaliser : travail cérébral le matin, découverte du monde l’après-midi. Tout ce petit monde se déplace en car, et vogue la galère en direction de tous les métiers, pratiqués par des gens accueillants, ravis d’exposer aux mômes les facettes de leur boulot. Et mon palpitant de midinette bat trois fois plus vite quand il y a des animaux parmi les acteurs. Merci Walt Disney pour m’avoir inoculé cette tendresse ressentie en compagnie de nos amies les bêtes. Bambi, Dmbo, Donald, les Dalmatiens, et toute la ménagerie, l’imagerie, défile dans ma tête quand je vois un animal s’ébrouer sur l’écran. Ce qui donnera plus tard des chansons telles que « Le Chien Abandonné », « Gaston », « Le Taureau Infirme », « Les Oiseaux Noirs », pour ne citer que trois tubes vendus à quinze exemplaires. Certes, Disney n’y est peut-être pour rien, mais j’aime à le croire. Tout ça pour dire que la série « L’instit » me fait un bien fou, et merde aux criticaillons qui font leur bouche en cul de dinde en affirmant que ce genre de classe est impossible à réaliser. Ah, que n’ai-je les tripes gonflées  pour me lancer dans cette aventure ! … A vingt-deux ans, je suis bien faiblard, vivant chez mes parents, incapable d’affronter les flots contraires, petit instit qui ne se distingue que par sa faculté de faire d’une classe une chorale appréciée dans les frontières de la commune de Villepinte. Vous me direz, c’est déjà pas mal, yes, mais au fond de ma tête, il y a l’ombre d’un Robin des Bois qui voudrait bousculer le vieux monde. Mais qui n’a pas les muscles…

Donc, vacances de merde quelque part dans le Jura, et tout ce que je retiens de jouissif, c’est la 4 Chevaux que papa vient d’acheter. Une bagnole toute en rondeurs, mignonne à souhait, confortable comme un taxi de la Marne, ronflant gaiement sur n’importe quelle route, avec son moteur à 4 bougies, placé à l’arrière. Des 4 Chevaux, j’en aurai plus tard, d’occase, qui me rapprocheront de mes conquêtes féminines, vu son habitacle de faible contenance. La 4 Chevaux, ce fut toujours mon carrosse de <Cendrillon qui plus tard encore se changera en Volvo break, puis en CX Citroën, pour finir sous la forme d’un TGV, parce qu’avec l’âge, faut faire gaffe. Voilà donc pour les vacances de Noël, où je me suis planté dans un petit sapin au cours d’une descente sur la piste bleue. J’aurais dû prendre la piste rose, elle monte.

1963 sera marquée par la création d’un petit groupe de style « Chaussettes Noires », avec trois élèves, trois guitares électrifiées, une contrebasse et une caisse claire, en guise de batterie. Notre premier morceau : « Driftin », des Shadows. J’avoue ne pas avoir cru à cette innovation le jour où les mômes ont décidé de m’en parler. Un caprice, pensais-je, passager, pléonasme. Pensez donc, chaque vitrine de magasin de musique exhibait ses pochettes de 45 tours, avec « les Chats Sauvages », « Les Lionceaux », « les Spoutnicks », « les Pénitents » avec Lucky Blondeau, et j’en passe. Un chanteur, deux guitares, une batterie. Avec chorégraphie savamment orchestrée par des marchands d’artichauts, toujours les mêmes gestes, mais on aimait ça. Malgré ma vénération pour Brassens, Béart, Brel, Anne Sylvestre, etc.…, j’aimais ça ! Le soir sur Europe 1, il y avait « Salut les Copains », animé par Albert Raisner, le fameux chef du trio d’harmonicas, et l’on découvrit ainsi, entre autres, Françoise Hardy, pour laquelle j’eux une furieuse attirance physique, ainsi que pour Sylvie Vartan, mais bon, fallait bien rêver à ces espèces de fées aux mignonnes poitrines dressées vers le succès. Le Français qui n’a pas bandé un seul soir en pensant à elles devait être un refoulé de première bourre. Et je dois dire que durant cette période, ma main gauche ignora ce que fit ma main droite. On a les rêves qu’on peut, mon prince. Chaque jeudi, chaque week-end, nous nous retrouvons chez l’un des musiciens en herbe, afin d’agrandir le répertoire, principalement emprunté aux Shadows, avec Kon-Tiki, Nivram, Shadoogie, FBI, Apache, mais certaines mesures sont simplifiées car nous sommes loin d’êtres des pros. Et c’est à l’occasion d’une fête donnée dans la cour de récré, au début du printemps, qu’a lieu notre première apparition en public.

A suivre…

SPECTACLES
« Calamity Jan, Le Procès », 12 Octobre à Bordeaux, 16 Novembre à Paris, au Forum Léo Ferré. Je rappelle que cette pièce a bien démarré, en mars, et qu’elle va courir les routes de France à partir de l’hiver. Ah, remonter sur scène, quel pied !…

par Patrick Font
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