7 ans de bonheur (part.24)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire


Juillet-août. Retour dans la banlieue d’Arcachon, où j’emmène mes trois jeunes musiciens, ainsi qu’un élève intéressé par ce style de séjour. Donc, quatre garçons qui n’ont jamais mis les pieds dans un bateau, mais que la navigation passionne. Notre petit orchestre organise des soirées pour distraire les deux cents petits, moyens et grands, venus des Charentes comme je vous l’ai déjà dit. Cet été-là, nous découvrons « West side story » dans le plus grand cinéma d’Arcachon, et le plus clair de nos conversations tournera désormais autour de cette œuvre.

Il faut dire que ce film nous fut ardemment recommandé par un copain de longue date, que j’ai connu dans la banlieue nord, et qui m’a orienté vers des trésors de la pellicule. On dira ce qu’on voudra, mais les conseils prodigués par des potes instruits et passionnés nous sont d’un précieux recours, surtout chez des mecs comme moi, qui survole pas mal de paysages sans jamais m’y poser. Avec ce copain, une constante:la rigolade. Et ce fut toujours ainsi, qui ne me fait pas marrer m’emmerde.

C’est le printemps dans ma chemise
entrouverte aux quatre vents
partons ma mie loin des églises
que désertent les enfants
ils nous laissent vieillir
laissons-les rajeunir
dans la ronde des cartables
nous deviendrons un peu
plus délurés, moins raisonnables
tous les crétins sont sérieux.

Des cinémas, il y en a beaucoup dans la région, ce qui nous permet, avec le petit orchestre, de se faire engager pour assurer les attractions. Car les attractions, ça existe encore, et dans toute la France. On joue cinq à six morceaux, entrecoupés de commentaires tournant autour de l’actualité, puis nous descendons dans la salle pour vendre nos photos. C’est notre seul cachet, et ma foi, ça se passe pas trop mal, en tout cas cela permet de s’offrir l’apéro du soir sur les terrasses du littoral. Non sans inviter quelques monitrices, car il faut bien vivre. Notons que notre petit groupe, à l’image des groupes en vogue, obtient un succès d’estime auprès de ces demoiselles, fanatiques des Platters, d’Hallyday, de Dick Rivers, et autres rockers francisés qui se sont affublés de noms à l’américaine; nous, on s’appelle « Les cow-boys’, chapeaux marron foncé, chasubles noires, attention les yeux, ça va chier à l’oreille !

Heu…Voyons les choses comme elles étaient, nous étions loin de jouer comme les idoles du moment. En guise de cachet, nous sommes invités à voir le film gratuitement, autant dire qu’on en a vus de toutes les couleurs, d’Orson Welles à Elvis Presley. C’était le bon temps…Et je dois dire que les reflets lumineux des guitares, sous les projecteurs des salles, apportèrent une large contribution à nos conquêtes galantes, si tant est que la guitare est un symbole phallique, comme me l’a dit un jour un psychanalyste obsédé par les nichons de ses clientes. Cet été-là fut prodigue en bons moments, ce qui compensera l’atmosphère lourde et pénible de la prochaine rentrée dans une autre école.

 

A suivre…

SPECTACLES
dimanche 16 novembre, CALAMITY JANE, LE PROCES, à 17 h au Forum Léo Ferré. 11 rue Barbès, 942OO. Ivry-sur-Seine. 01 46 72 64 68.
Métro: ligne 13, Porte d’Ivre ou Pierre et Marie Curie. Tram 3, station Porte d’Yvry.
Réservations: resa@forumleoferre. org

par Patrick Font
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