7 ans de bonheur (part.27)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire

Je me pose des questions sur l’avenir de ces gosses délaissés, dont le trottoir est le seul terrain vague où crapahuter entre copains ? le seul lieu de vacances, le seul « espace ludique », comme on dit chez les cons déguisés en pédagogues, avec barbes et trousseaux de clefs, et souvent, guitares accordées par un chimpanzé mélomane pendu à la queue de Graeme Allwrigt ; que j’aime beaucoup quand ses chansons ne sont pas esquintées. Car il ne suffit pas de chanter pieds nus pour chanter juste.

Je ne reverrai jamais aucun de ces mômes. Je les prendrais bien dans mes bras pour la bise d’adieu, mais je crains qu’ils se moquent de moi. Ciao les gosses ! Je crois bien que je ne vous oublierai jamais.

Tout change durant l’année 64-65, dans la classe du CM d’Aunay-sous-bois, avec 35 élèves gentils comme les angelots de Stéphane Bouguereau. C’est bien connu q’au CM1 les enfants de neuf ans sont parvenus à un âge idéal, cet âge où l’on s’intéresse à tout, et au cours duquel on exécute tous les travaux avec une certaine facilité. Je le sais, j’y suis passé, en qualité de « bon élève » à l’école publique du Vésinet.

Tout d’abord, le disque enregistré en février est commercialisé, c’est un « super-45 tours avec quatre chansons, dont »RED RIVER VALLEY », dont j’ai écrit le texte pour les enfants, c’est assez mauvais, c’est con-con, c’est fait pour les feux de bois des camps de jeunesse, malheureusement ça ne brûle pas. Mais ça plaît bien au patron de la maison, qui s’en contente. Une autre chanson commence ainsi:

QUAND LE SOLEIL SE LEVE
AU BORD DE L’HORIZON
VIENS DONC FINIR TON REVE
AVEC NOUS MON GARÇON.

Vous noterez la richesse des rimes et la pauvreté du reste. Mais bon, je ne me suis pas fait en un jour.

Voici les mômes transformés en vendeurs ambulants, proposant le disque à leur famille, puis aux autochtones villepintois. La recette nous permet d’acheter une guitare électrique et de louer une contrebasse. Parce que figurez-vous qu’au cours d’un gala, un élève repère un gros instrument, et sans rien demander à personne, agite ses doigts sur les cordes et alors là, des notes basses viennent soutenir une chanson, DES QUE LE PRINTEMPS REVIENT, O miracle, un gosse pas plus haut qu’une contrebasse parvient à accompagner les copains qui n’en reviennent pas ! Notre petit groupe compte dès lors trois guitares, une basse et une caisse claire. Les autres élèves chantent avec d’autant plus d’application qu’ils se sentent soutenus par des rythmes, ça donne du tonus, et puis ça ressemble -de loin- aux Compagnons de la Chanson, qui débutèrent à cappella dès la fin de la guerre, pour faire la carrière que l’on sait.

C’est dans cette ambiance que je passe les épreuves de titularisation, dirigées par l’Inspecteur d’Académie du département.

A suivre…

SPECTACLES
dimanche 16 novembre, CALAMITY JANE, LE PROCES, à 17 h au Forum Léo Ferré. 11 rue Barbès, 942OO. Ivry-sur-Seine. 01 46 72 64 68.
Métro: ligne 13, Porte d’Ivre ou Pierre et Marie Curie. Tram 3, station Porte d’Yvry.
Réservations: resa@forumleoferre. org

par Patrick Font
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