7 ans de bonheur (part.28)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire

Par un beau samedi de je ne sais plus quel mois, me voilà mêlé à une dizaine de chanteurs qui prétendent parvenir en finale à l’Alhambra, et je pète de frayeur à la perspective d’affronter tous ces concurrents. Parmi ceux-ci, et j’ai tort de m’en souvenir, il en est un qui s’autorise le devoir de nous prodiguer des conseils sur le contenu de nos chansons. C’est d’un grotesque achevé, aussi fais-je mon possible pour l’éviter, car si je connais mes défaillances, je n’aime pas qu’on s’y attarde. D’autant que ses propres chansons ne sortent pas de la cuisse de sainte Cécile ni des couilles de Bacchus. On dirait un commissaire politique pratiquant la censure auprès des auteurs débutants, qu’il convient d’orienter vers les travaux de la faucille et du marteau. Ridicule.

Chacun chante donc sa chanson, avec quelques trémolos dans les cordes vocales, parce que le trac règne en maître sur la troupe, et je ne suis pas le dernier à ressentir le besoin d’assister à un sinistre tel qu’incendie, inondation, panne générale de courant, voire troisième guerre mondiale. Vraiment, il n’y a aucun plaisir à monter sur l’estrade pour affronter un jury composé, il faut le dire, de visages souriants comme pour nous encourager. Mais le malaise persiste tout au long de la chanson.

Pour ma part, cette chanson s’intitule « Le dentier légendaire  » et raconte les tribulations d’une prothèse familiale, depuis la Genèse jusqu’à nos jours. Voici le premier couplet:

GRAND-MÈRE AVAIT UN DENTIER LÉGENDAIRE
DE CES DENTIERS QU’ON FABRIQUAIT JADIS
AVANT JE NE SAIS PLUS QUEL AVANT-GUERRE
UN DENTIER QUI PASSAIT DE PÈRE EN FILS
QUI AVAIT LES DENTS D’SAGESS’ DE VOLTAIRE
LES INCISIVES DU VIEUX TALLEYRAND
QU’AVAIT RIGOLE AU TEMPS DE MOLIÈRE
QU’AVAIT MORDU DANS LA POMME D’ADAM.

J’ai oublié la suite. A l’époque, je faisais dix chansons par semaine, la plupart branchées sur des histoires d’amour, les autres prenant une couleur satirique. Les chansons d’amour tournaient toutes autour de l’adolescence, ces années où la moindre chevelure me rendait fou, où les poitrines débutantes me rendaient malade, où je passais le plus clair de mon temps à courir le jupon en attendant de le relever, entreprise dans laquelle je me suis souvent cassé le nez. Est-ce pour cela qu’on écrit des chansons suaves et sucrées ?

A suivre…

SPECTACLES
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