7 ans de bonheur (part.30)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire

Nous allons mettre fin à ces souvenirs d’écoles, vu que les derniers temps, l’appel de la scène domine toutes mes envies.

Le 7 juillet 1966, me voilà sur l’estrade du Caveau de la République dont le patron, Daniel Mussy, assure la programmation. Il m’ engagé en novembre 1965, à la suite d’une audition de deux chansons. Trouille verte !…Des audition, j’en ai passé des dizaines dans les cabarets parisiens d’où je sortais la tête basse, le moral à zéro, longeant tel un soldat vaincu les muridé la capitale. Ce jour de juillet, j’ai des gargouillis dans le bidet et une espèce de kyste entre les testicules. Je commets alors l’erreur grossière de m’en confier à ma mère, qui dans un rire à décorner les boeufs, me lance: »-Alors comme ça, monsieur a trois couilles ! » J’ai souvent dit que Conchita Font de Zayas avait la langue lourde dès qu’il s’agissait de bite et de cul au cours des repas de famille, ce fut donc pour elle l’occasion d’en remettre pendant une quinzaine de jours, le temps que dura mon excroissance mal placée, propice aux plaisanteries les plus fines…J’ajouterai que ma famille se trouvait réduite au strict minimum, et  ne comptait comme fidèles que mes deux cousines, Anita et Paquita, qui avaient à peu près mon âge, et que j’aurais volontiers sautées si elles me l’avaient demandé.

Mais je m’écarte du sujet.

Après cette audition auprès e laquelle le bac n’est qu’un saut de marelle, je me sens imprégné d’un mystérieux alcool, surtout quand le patron me dit:

-Bien, bien, bien, continue à écrire comme ça. Et sois drôle parce qu’ici, on ne fait pas dans la dentelle de Cholet. Je devais constater par la suite que l’humour chansonnier ne péchait pas par sa légèreté, bien qu’il y ait Robert Rocca, Maurice Horgues, Pierre Gilbert, Jacques Grello, Edmond Meunier, Pierre-Jean Vaillard, pour relever la sauce. Mais le gros du peloton se rapprochait plus de l’Almanach Vermot que des oeuvres de Beaumarchais. Je pensais que l’on exigeait trop de ces messieurs: faire rire à tout prix. En ce sens, on était loin des monologues de René Dorin, qui n’apportait qu’une chute drôle à ses propos, le reste étant satirique sans provoquer l’hilarité.

Donc, pour revenir au trac, je traversai de novembre à juillet des nuits blanches empreintes d’échecs  et de déconvenues analogues à mes auditions passées jadis dans les cabarets de la Rive gauche, dont la vocation reposait sur l’impératif besoin de faire chier le public. Si j’osais, je vous dresserais la liste de ces penseurs du vide qui, sous couleur d’hermétisme, massacraient la poésie, allant jusqu’à dénigrer les chansons de Brassens, Francis Lemarque, Charles Trenet, et de tout auteur qui avait quelque chose à exprimer. Mais il y a une justice, ces cons n’existent plus que dans la mémoire des spécialistes et autres historiens de la Chanson française.

Dans mes rêves les plus noirs, je me vois debout devant une salle vide, oubliant mon texte, et ces rêves me poursuivent toujours. Alors forcément, mon travail d’instit en souffre.

Bien, dit le patron quand je retourne dans la loge. Bien. Continue dans cette direction. Tu sera à l’affiche jusqu’en septembre, et si ça se passe bien, tu reviendras pour la saison d’hiver.

Youpi, hourrah, chouette, et j’en passe.

A suivre…

SPECTACLES
CALAMITY JANE, LE PROCES, 27 et 28 mars à Forcalqiuer

par Patrick Font
# [Les derniers articles de Patrick Font]

La une de Charlie