7 ans de bonheur (part.31/31)
Par Patrick Font

FONT a de la mémoire

Bon, eh bien nous allons clore ce récit, vu que les deux dernière années dirigent mes pas vers la scène, au détriment de l’école. Le feu sacré se consume lentement, et le coup de grâce m’est envoyé par un inspecteur d’Académie qui me traite de fumiste. Le lendemain, il a ma démission. Puis mai 68 vient foutre le souk dans notre vénérable institution versaillaise, au point que n’ombre d’inscrits déchirent leur carte de syndiqués pour en balancer les confettis dans la gueule du PC, rallié à De Gaulle en l’espace d’une proclamation de trente minutes sur les radios.

« Je ne démissionnerai pas. Les Français m’ont confié un mandat »…etc. D’un seul coup, le carburant revient dans les pompes, les bagnoles redémarrent après un mois de garage, et l’on nous annonce des élections législatives pour fin juin. C’est durant cette période que je suis engagé au théâtre de Dix-Heures, l’Académie des Chansonniers, où je n’osais espérer m’y faire un nom. Madame Arnaud, directrice du théâtre, me couvre de compliments à faire rougir un mur de plâtre, et me propose un cachet de quatre mille francs par jour. C’est pas énorme, mais quand on vit chez ses parents, ça permet de vivre. De plus, une très jeune femme âgée de dix ans de moins que moi me prend la main pour me conduire au mariage, qui aura lieu en mars 70.

Ni l’un ni l’autre ne sont taillés pour la vie conjugale, mais ça, on ne le sait pas encore, et il faudra attendre 1978 pour se séparer à l’heure de l’apéro, en face du Palais de Justice de Paris. Malgré cette séparation, il faut tout de même que je lui dise:

-En sept ans de mariage, je ne t’ai jamais vue une seule fois de mauvaises humeur.

Ce passage à l’école du Vert-Galant m’aura laissé son lot de mélancolie. J’y pense souvent, pénétré par ce climat de gentillesse qui embaumait tout le quartier. Avec, en point d’orgue, le sourire des institutrices qui aimaient bien rigoler aux blagues salaces d’un directeur déluré. Sans lui, la petite école aurait eu moins d’âme, moins d’attrait.

Dans ma famille, ou ce qu’il en reste, on se gargarise sur le fait que j’abandonne la proie pour l’ombre, qu’il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus, et autres poncifs dont je n’ai rien à foutre, peu soucieux de l’avenir. Seul, mon père y croit, lui qui m’avait offert un enregistrement de deux 78-tours pour mon dix-huitième anniversaire. Depuis ma première guitare, il m’a toujours écouté, sans ménager les critiques, et sa présence m’a gonflé les voiles comme un vent dominant tout au long de ma jeunesse. Merci papa. Tout ça pour dire que lorsqu’un môme est séduit par une passion, il faut l’encourager, souffler sur la flamme, histoire de décourager les prophètes de mauvais augure. C’est ce que j’ai tenté de faire dans ma carrière d’enseignant, et s’il y eut quelques réussites ultérieures, eh ben tant mieux !

FIN

Prochain album
Voici en avant-première la pochette du 7 titres « L’épouvantail et l’hirondelle » de Patrick Font qui sortira prochainement !

à très vite pour en savoir plus

Font album

par Patrick Font
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