A coup de Dieu
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Qui dit reprise dit déprime pour le commun des mortels. Depuis le début du mois, ça traîne donc volontiers de la semelle dans les bureaux et échange entre collègues des soupirs las, les iris alanguis par la nostalgie de la quinzaine aoûtienne à barboter dans les gorges du Verdon ou les poitrines de la Grande Motte. Heureusement, les plumes pimpantes du Coq sont aussi de retour pour décortiquer chaque semaine les événements d’un monde cajoleur, porteur de promesses folles et d’espoirs pour demain.

Mardi 22 Août, un homme d’une quarantaine d’années est jugé en comparution immédiate pour avoir tabassé sa femme. D’emblée, la nouvelle étonne tant il est rare de passer au tribunal pour si peu. Les 216 000 femmes battues chaque année en France opinent. Ça étonne d’autant plus quand on sait que seulement 14% d’entre elles osent aller porter plainte ; à l’instar du gangster anarcho-trafiquant, la femme battue possède une aversion suspecte pour le poste de police, ce qui tend à prouver par a+b sa culpabilité. L’avantage de ce faible taux, c’est que ça permet de ne pas engorger les tribunaux pour mieux s’occuper des délinquants arabes, pléonasme frontiste, qui font rien qu’à voler des sacs à main ou louer des camionnettes. Puis bon, elles nous cassent déjà les bonbons avec les écarts de salaire ou le remboursement des stérilets sans qu’en plus, on doive se cloquer leurs histoires d’hématomes et autres fractures. On peut pas accueillir toute la misère féminine dans nos cours.

Pourtant, l’homme batteur – ou omelette, dans le jargon – était bien à la barre du tribunal de Brest pour répondre de son hobby favori à cause de sa cafteuse de fille qui est allée baver aux condés tel un vulgaire français sous Vichy. On est en droit de se demander quel juge compétent interromprait sa sieste pour si peu mais il s’avère que la femme s’est faite tabasser à coup de bible, ce qui doit constituer un genre de circonstance aggravante qui vaut la peine d’ouvrir un dossier. En dépit des apparences, il est important de souligner que tout ça n’est pas très catholique.

En plus d’être pieux, le couple vivant «selon les préceptes de la loi de Dieu», l’omelette était également sous l’emprise des stupéfiants au moment des faits, ce qui commence à faire beaucoup de paradis artificiels pour une seule personne. Il manquerait plus qu’il vote à gauche, tiens. On va quand même de surprise en ébahissement : au mépris du sens commun le plus élémentaire, on apprend ainsi que même les non-musulmans frappent leurs femmes.

Au final, l’omelette a écopé d’une peine exemplaire de deux ans de prison, notamment parce qu’il est récidiviste. Encore une surprise. On ne pourra même pas rejeter la faute sur sa femme comme il est de coutume puisque cette dernière a fait preuve d’une loyauté toute stockholmienne en décrétant en plein procès, en vertu de la sourate 3:16 du livre de la Genèse de l’Ancien Testament: «Mon mari a autorité pour me remettre dans le droit chemin». La messe est dite. Nul doute qu’à cette déclaration, Simone s’est retournée dans son Panthéon et les féministes ont frôlé la crise d’apoplexie.

On ne saurait dès lors que trop conseiller aux femmes qui ne sont pas friandes des claques en dehors des heures de leuleu de s’amouracher d’un athée : se faire tabasser à coup de Charlie Hebdo ou de Coq, ça fait quand même moins mal aux pommettes qu’une bible, un coran ou une torah, y a pas à dire. Puis en plus, le contenu se renouvelle régulièrement.

(l’info originale sur le site de 20 Minutes)

Par Romain Rouanet

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