A Denis…
Par Anthony Casanova , le 26 avril 2016

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par BabouseCe sont les doigts qui pèsent deux cents tonnes au piano… c’est un trou dans l’eau qui ne se referme jamais… c’est ce qui nous reste aussi quand on a perdu l’illusion de croire en un dieu, et de se dire que ça fait 6 ans que tu as oublié de vivre. Et pourtant en 6 ans, il s’en est passé des choses insignifiantes dignes d’être vécues! Nous aurions dû en avoir des sujets de discussion autour de tes spaghetti à la bolognaise accompagnés de vins que nous pensions fins puisque nous les buvions ensemble. Ah l’actualité! Ses misères et ses splendeurs qui nous passionnent, et qui finissent par nous paraître dérisoires le jour où l’on se retrouve face à cette seule certitude, celle que tout a une fin.

Dans «L’an 01» de Gébé, il y a ce passage où un homme, regardant sa femme et son gosse à la plage, prend conscience qu’il est heureux. Mais ce constat l’angoisse tant qu’il se sent obligé «d’immortaliser» son bonheur par une photo. Une photo qui, finalement, lui rappellera «à vie» que le bonheur est éphémère, et que les souvenirs servent le plus souvent de nid à la mélancolie qu’à la joie. Car, soyons sérieux, si tout le monde était réellement conscient qu’un jour ce sera la fin, passerions-nous vraiment le temps comme nous le faisons? Comme cet employé, triste à bouffer de l’ennui, qui n’a de cesse que 18 heures sonnent pour essayer de vivre un peu, et qui chaque matin songe au week-end où il essayera enfin de dormir… mais, trahi par son rythme de vie, il se réveillera machinalement à la même minute que le reste de la semaine.

Oh mon vieux, aurions-nous vraiment le cœur à gagner notre vie en perdant notre temps, si nous savions à quel point la vie est courte? Bien sûr, les gens raisonnables nous polluaient les oreilles d’un: «vous n’y pensez pas!», «il faut travailler plus pour gagner plus», «que va devenir le Parti Communiste s’il n’y a plus de travailleurs?» Connaissant d’avance les arguments des empêcheurs de se la couler douce, nous avions pris le parti de vivre peinard. Quel intérêt de dire aux braves gens qui empruntent le droit chemin qu’il en existe d’autres, si c’est pour se faire sermonner qu’à côté du chemin ce n’est pas un chemin. On ne faisait la leçon à personne, et nous étions satisfaits d’ignorer les avis de tout le monde.

Zavarise Font Casanova PaoliNous vivions ainsi, entre amis. Nous nous imaginions tous les uns plus brillants que les autres, et nous nous enorgueillissions de chanter pour des prunes en tendant la patte aux chats perdus, dès l’instant où nous savions avoir réunis à une même table le seul auditoire qui nous importait. Nous voyant ainsi ne vivre que de bohème, personne ne pensait que nous réussirions dans «le métier». Et nous, par amour de l’absurde, nous avons fait en sorte que «personne» ait raison. Tout était limpide: le sablier n’aurait pu trouver nos rides, nous étions trop jeunes pour devenir vieux. Mais voilà, le temps nous rattrape tout le temps, et nous en sommes, comme les quidams, à regarder les vielles photos pour tenter de sourire sur ce qui finalement nous fiche le bourdon.

Gébé concluait son dessin du photographe du dimanche en écrivant: «la technique est toujours présente pour porter remède à nos plus folles paniques comme à nos plus légères angoissent». Or, il y a une chose que la photographie ne «capture» jamais, et qui n’existe que dans la mémoire des «immortels» sur papier glacé… ce sont les rires et le bonheur dans les yeux de cet ami qui tenait l’objectif, et qui aujourd’hui manque cruellement sur la photo.

par Anthony Casanova

PS: Denis était le cofondateur du Coq des Bruyères, un farouche défenseur des animaux, un musicien reconnu et, accessoirement, mon ami

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