A ceux qui disent «J’étais Charlie»
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Comme l’a découvert la majorité de la population depuis un peu plus de deux ans: Charlie Hebdo est un journal satirique. Le slogan «Je suis Charlie», lui, fait référence aux attentats de janvier 2015 qui touchèrent, outre ceux qui se trouvèrent au sein de la rédaction de l’hebdo satirique: un chargé de la maintenance d’un immeuble, des policiers et les victimes de l’attentat antisémite du 9 janvier 2015.

Certes, il y a des gens qui travaillent pour Charlie Hebdo, d’autres qui en sont les lecteurs mais personne n’est «Charlie Hebdo» à proprement parler car Charlie Hebdo est et reste un journal. Pour autant, il est insupportable d’entendre des «Je ne suis pas ou je ne suis plus Charlie» en fonction du temps qu’il fait ou d’un dessin qui ne ferait pas l’unanimité. Le slogan, le mot d’ordre, le cri «Je suis Charlie» fait référence à une réaction de solidarité envers toutes les victimes des attentats de janvier 2015.

N’oublions jamais que les proches des victimes de l’Hyper Cacher se sont aussi rassemblées derrière le slogan «Je suis Charlie» car ce fut une métaphore de nos libertés de conscience, de mouvement, de pensée, d’indépendance et de résistance face au fondamentalisme qui trouvait un sens, dans l’imaginaire collectif, avec cette formule. Ne plus être Charlie, c’est aussi leur cracher à la gueule. Il n’est dit nulle part qu’il faille aimer Charlie Hebdo, en être abonné, le lire scrupuleusement ou je ne sais quel effort intellectuel apportant une adhésion au journal mais il est dégueulasse de se désolidariser du mouvement qui a abouti aux manifestations du 11 janvier 2015.

Cette confusion entre le slogan et la ligne rédactionnelle du journal fut souvent entretenue par les plus fervents détracteurs du titre, ceux qui exposaient à longueur de chroniques, films, livres, que Charlie Hebdo n’était pas le vrai Charlie Hebdo. L’un d’eux, Denis Robert pour ne pas le nommer, faisant fi de tout anachronisme, poussa même le racolage morbide en inscrivant sur l’affiche du film qu’il consacra au fondateur de Charlie Hebdo: «si un homme sur cette foutue planète peut dire «je suis Charlie», c’est lui.» Évidemment, Cavanna étant mort un an avant l’horreur du 7 janvier, il ne put (et c’est aussi le cas de Charb, Cabu et des autres) avoir la possibilité «d’être Charlie.»

D’autres à l’instar de Frédéric Lordon, Ignacio Ramonet, Alain Badiou, Edwy Plenel, Régis Debray… en raison de leur animosité envers le journal n’ont pas voulu faire partie de ceux qui affichaient un soutien total aux victimes. Trop contents, les salauds, de brandir leurs pincettes puantes pour évoquer l’hypothétique responsabilité des victimes. Depuis, on se demande quelle putain d’huile a bien pu être versée sur quel putain de feu à Copenhague, à Orlando, à Istanbul, à Bruxelles, à Berlin, au Nigeria, au Mali, au Kenya, en Égypte, au Tchad… ?

Si Charlie Hebdo fut une cible via son attachement à la laïcité et à sa défense du droit au blasphème, les différents attentats qui frappèrent le monde depuis deux ans ont prouvé qu’il ne suffisait pas de dessiner Mahomet avec une plume dans le cul ou simplement en train de sourire pour se faire assassiner. Alors lire ou entendre qu’après tel dessin, telle chronique, tel départ du journal: «eh bien si c’est comme ça, je ne suis plus Charlie» c’est immonde.

Si lire Charlie Hebdo coûte 3€, être Charlie a toujours été gratuit. En revanche, clamer «je ne suis pas Charlie» dès que l’occasion si prête ça ne veut pas dire qu’on s’éloigne glorieusement du journal mais plutôt qu’on se rapproche piteusement des terroristes.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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