Ad perpetuam rei memoriam
Par Christophe Sibille , le 1 décembre 2015

Christophe SIBILLE l’homme au micro

Après : « fluctuat nec mergitur », devise de Paris.
Qui, pour ceux qui n’ont pas encore subi les effets directs de la réforme « collège 2016 », et qui, donc, comprennent un minimum la langue de Cicéron, signifie : « il est battu par les flots, mais ne coule pas ».
Qui a dit : « comme mon méat ? »
Mon méat coule pas ? C’est malin ! Comment ça, c’est du latin ? Alors, c’est que vous l’avez appris dans un « EPI » : « LCA – Corps-bien-être sécurité – citoyenneté ! » dont l’intitulé officiel serait donc : « faire son méat coule pas ».
J’en ai déjà parlé ! EPI , ça veut dire :« enseignements pratiques interdisciplinaires ».  Qui, comme leur nom l’exdique, (oui, j’aurais pu dire : « comme leur nom ne l’indique pas, mais je préfère dire : « comme leur nom l’exdique », ça prend moins de place), n’ont pas grand-chose à voir ni avec l’enseignement, ni avec les disciplines.
Par contre, pour faire des économies de postes, c’est très pratique. Et les économies, pour un ministre digne de ce nom, c’est autrement important qu’un vague intérêt pédagogique pour élèves et professeurs.
Les EPI, c’est le dispositif phare de la réforme des collèges de Najax V.B. Et, croyez-moi si vous voulez, voici mon pronostic si ça passe : EPI, pi caca !!
Ben quoi, ce n’est pas moi, qui parle de « cabinet » ministériel, qui « fait chier » les pros de la classe avec ses textes émétiques alors que ses cadres du « siège » n’y ont pas mis les pieds eux-mêmes depuis le crétacé inférieur, dans une classe ! Ce n’est pas moi, qui parle de travail en « commissions » !  Alors, hein, camembert !
Au lait pasteurisé !
Oui, ce sont les mêmes vendus qui signent le TAFTA.
D’ailleurs, c’est pas pour être grossier, mais y’a tellement d’enculeries dans tous les sens, en ce moment, qu’une chatte n’y retrouverait pas ses poils.
Où j’en étais, déjà ?
Ah, oui, les EPI !
Vous pensez que j’exagère, avec mon exemple du début ?
Et faire des éoliennes en papier, se demander si madame Bovary mangeait équilibré, réciter une pièce de théâtre en faisant des pyramides en accrogym, c’est de moi, peut-être ?
Hében non, ce sont des vraies positions, les vraies dispositions, que s’apprête à mettre en place le vrai ministère de l’éducation nationale. Que les collèges s’apprêtent, si tout se passe mal, à proposer à tes enfants dès la rentrée 2016.
Sauf si tu les inscris dans le privé.
Juste un mot, quand même, pour ceux, (pas toi, ô mon auditrice), qui pensent que les enseignants ne sont que rien que des esprits aussi bloqués sur les certitudes que leur confère le droit de se considérer en position de force pour remplir l’entonnoir cognitif de ton jus de burnes et d’ovaires que sur leur présumés cinq mois de congés annuels.
« A quoi ça sert, les profs ? », entendis-je, chez Stéphane Paoli, dimanche dernier, à 12h49 sur France-inter dans l’émission : « Agora ».
Bonne question.
O ma lectrice, je serais tenté de dire : « à enseigner une discipline, ou au maximum deux pour l’histoire et géographie, par exemple. Ceci dans le but de nourrir et d’enrichir la partie la plus noble de nos chères têtes brunes, blondes, et plus si affinités. Ce dans le but de lui éviter plus tard de braquer une petite vieille, ou de se faire exploser au nom d’une religion dont il ne connaît pas le début du premier Hadith. »
Ben oui, on n’a jamais vu quelqu’un assassiner ses contemporains au nom du doute que lui apporte les connaissances qu’il a acquises, bordel de dieu !
Et, à la fin de chaque période scolaire, (on va dire une fois par trimestre), un bulletin d’évaluation d’une page.
A dix-huit ans, le baccalauréat.
Après quelques décennies de ce dispositif qui, compte-tenu de l’imperfection humaine,  ne marchait quand même pas si mal, les « sciences de l’éducation », issues d’une hybridation de recherches de la fin du siècle précédent et de remugles mal digérés de mai 68, se réveillèrent en sursaut; « comment ça ? Ca n’est pas possible, que ça fonctionne ! C’est trop simple ! La preuve, nos chercheurs, bien qu’ils s’échinent à tenter de  peaufiner la machine à courber les bananes, n’ont  pas réussi à s’injecter totalement dans le système universitaire tels des sacculines ! »
« On » créa donc les IUFMS.
« On » plaça les élèves au centre.
Les compétences se mirent à précéder les connaissances, qui furent remplacées elles-mêmes par les dispositifs pédagogiques, les grilles d’évaluation apparurent ! Ben ouais ! Ce ne sont quand même pas des, ptoui, professeurs, ptoui, qui ont tant de mal à intégrer la métacognition spiralaire d’un milieu aquatique cognitif standardisé, qui vont apprendre à nos grilles ce dont nos mômes ont besoin, et réciproquement,  pour bien connaître le vivre ensemble, bordel à cul !
« On » encensa le film « intra muros » … Heu, « Entre les murs », pardon, là, j’insulte son réalisateur.

Mais Najax V.B. et tes sbires, ne criez pas trop tôt victoire. Les enseignants ne veulent plus être méprisés, ils ne supportent plus qu’on méprise les élèves avec eux. Ils ne supportent plus qu’une ministre qui connaît parfaitement la toxicité de ses propositions tente quand même de les leur enfoncer dans le fion.
« Video meliora proboque, deteriora sequor ».
Toi, peut-être.
Pas nous.

par Christophe Sibille

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