Adieu Thatcher
Par Thierry Rocher , le 16 avril 2013

Thierry ROCHER renvoie la censure

 

 Alors que le cadavre de Thatcher n’est pas complètement froid et que les Anglais se divisent sur l’opportunité d’obsèques nationaux, fleurissent, ça et là, des témoignages de la haine suscitée par la Dame de Fer. A Londres, ce week-end, à Trafalgare Square, un rassemblement a réuni des irréductibles qui n’ont pas oublié ces démolitions en règle et même quelques anciens mineurs survivants d’une autre époque.
Thatcher a toujours des sympathisants et même des adeptes de ce libéralisme à tout va qui plante ses lingots dans la dignité des plus faibles. Les plus optimistes se disent qu’on enterre le Thatchérisme avec Thatcher et que le 17 avril, date de ses funérailles, l’humanisme reprendra ses droits. Les plus pessimistes pensent qu’à force de baiser le plus grand nombre, elle aura fait des petits qui resteront nuisibles un bon bout de temps. Thatcher vit encore, dans la City ou aux abords de Wall Street. Ne serait-il pas d’ailleurs plus néfaste et dangereux aujourd’hui que lorsqu’elle était au pouvoir ? Puisque dans les années 80, elle clamait haut et fort ses convictions ; son cynisme était direct contrairement à celui de dirigeants actuels qui se plient sans broncher devant les décideurs capitalistes en faisant croire à leurs électeurs qu’ils conservent le pouvoir de les faire plier.
Je pense aussi à certains dirigeants occidentaux qui vont devoir faire le trajet pour aller en Angleterre rendre hommage à Thatcher et accompagner ses restes parce que le protocole l’exige. Peut-on être diplomate et garder sa dignité ? C’est une vraie question mais qui se pose tellement souvent qu’on finit par s’habituer quand on remplit le job. J’imagine les hommages qu’on a pu rendre en Irlande du nord à la vieille de fer. Je me doute que les phrases ont été du style :  « Sucer un eskimo réchauffait  plus » ou « Peu de dirigeants ont autant donné envie de tirer la chasse » ou encore « Politiquement, elle sera plus utile maintenant. » Des mots qui sont le bon sens même. Alors, jeunes de tous pays, qui sortaient de HEC ou d’autres succursales du MEDEF, les Thatcher d’aujourd’hui n’ont plus la même coiffure et sont certainement aussi dangereuses que leur ainée. La fantaisie de la tenue vestimentaire et la branchitude des mots choisis ne doivent pas vous empêcher de voir clair et de sentit que l’ombre des lois du marché plane sur la destruction des services publics et de toute humanisation solidaire.
J’aimerais que cette vision soit un cliché comme certains le pensent. Malheureusement, la réalité déborde l’âme des visionnaires. Alors, à tous ceux qui resteront vigilants après l’enterrement de Margaret Thatcher, je dirais : « Et encore bravo ! »

par Thierry Rocher

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