Agriculteur de demain
Par Thierry Rocher , le 5 mars 2019

Thierry ROCHER renvoie la censure

La chronique intégrale de la Revue de presse de Paris Première du 25 février. Comme elle était un peu longue pour l’émission,  les lecteurs du Coq pourront lire les passages inédits

A l’occasion du Salon de l’Agriculture, on se pose la question: quelle agriculture pour demain? Tout le monde s’interroge et pas seulement les ploucs. Tout d’abord, est-ce que les agriculteurs vont être en état de se reproduire? Vous connaissez le problème du manque de femmes dans les campagnes. L’émission L’amour est dans le pré, pas suffisant pour combler le trou qui a tendance à s’agrandir. Les filles intéressées pour aller à la campagne, dépêchez-vous, vous aurez de moins en moins de choix puisqu’il y a un paysan qui se suicide chaque jour. Enfin c’est chaque jour, un paysan différent… J’en suis sûr, mesdames, vous serez séduite par ces hommes musclés, bronzés, parfumés au bon air et puis le confort moderne est partout… Dans pas mal d’endroits retirés, il y a beaucoup de minitels tout neuf qui ne demandent qu’à servir lorsque l’électricité sera installée. D’ailleurs, le retour à la terre, c’est à la mode. Moi, j’y retourne souvent mais pour l’instant, en surface.
Cher public, vous aussi, à part ceux qui donneront leur corps à la science, vous retournerez à la terre. Les agriculteurs d’aujourd’hui devinent la transition mais n’ont pas le moral car non contents d’avoir la chance de travailler au grand air, ils ne se rendent pas compte de leurs avantages: ils ne payent quasiment rien pour les œufs, le lait, le beurre et le glyphosate. Mais ce qui manque aux paysans plus que l’argent, c’est l’amour, comme me disait  un copain bourbonnais que j’ai rencontré au Salon de la betterave… un bourbonnais vous ne connaissez pas..non ce n’est pas un buveur de bourbon, c’est l’habitant d’une province française dont la capitale fut d’ailleurs la capitale de la France…Bon, il me disait..enfin, pour que vous compreniez je vous traduis en Français… »Plus j’aime mes vaches moins je comprends ma femme, et plus je suis loin de ma femme, plus je suis près de mes chèvres.

Mais l’agriculture va changer. Par exemple, dès qu’on va légaliser le cannabis, les paysans auront une autre façon de faire du blé. Et la culture des insectes, ça demandera moins de superficie. En parlant de superficie, je connais un type qui avec un hectare, a plus de mille bêtes à cornes. Oui c’est possible, si vous choisissez, comme lui, d’élever des escargots. L’avenir, c’est la culture sur des petites surfaces, le lumbricina va être très à la mode, eh oui le lumbricina, c’est plus de 6000 espèces et on peut le consommer cru ou cuit… oui c’est le ver de terre.

Outre ces nouveaux produits, pour gagner sa vie, l’autre fonction du paysan: l’accueil des consommateurs qui vont s’approvisionner sur place, les amateurs  de légumes qui viennent ramasser dans les champs ou les accros à la côte de bœuf qui viendront la tailler directement sur l’animal sans intermédiaire mais avec un bon couteau, et puis balance ton porc, c’est fini, maintenant, on tue le cochon.

Etre paysan, c’est une vocation. En attendant la question fondamentale reste posée: Doit-on être grassement payé parce qu’on s’emmerde dans son boulot ou très peu parce qu’on le fait avec plaisir? Mais c’est vrai, qu’aujourd’hui, les paysans en ont marre d’être fauchés comme les blés, de plus faire leur beurre avec le lait, et d’être plumés comme leurs volailles.  En parlant de volailles, pour finir, comme disait le célèbre Qi Shi Tsu: «Même si on ne sait pas si un poulet label rouge en a éprouvé de la fierté de son vivant, quand on aime la compagnie des animaux, on les mange plus facilement.»

Par Thierry Rocher

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