Alamo de chez nous
Par Naqdimon Weil

NAQDIMON fait son malin

Vous vous rappelez du film Alamo, le western crépusculaire de et avec John Wayne, sur le siège de Fort Alamo par les troupes mexicaines du Général Santa Anna ? Mais si, les gentils révoltés texans assiégés dans le vieux fort, avec Richard Wydmark qui joue Jim Bowie, le colonel au couteau de boucher, et la jolie fille amoureuse de Davy Crockett, le type qui pense que c’est malin d’avoir une raton-laveur en guise de casquette et les méchants mexicains tous assoiffés de sang et franchement patibulaires ! Et – attention, divulgâchage – à la fin, tout le monde meurt, c’est sanglant, les infâmes assaillants basanés zigouillent les gentils colons avec sauvagerie, ça fâche les autres texans et paf, Révolution texane, le Mexique battu, le Texas devient indépendant et le Rio Grande devient la frontière sud. Tiens, ça aussi, c’était un bon film, Rio Grande, de John Ford, encore avec John Wayne, même si je préfère Rio Bravo, toujours avec John Wayne, mais d’Howard Hawks.

« Ouais, j’l’ai vu ton nanard, et honnêtement, je ne vois pas le rapport avec ta chronique habituelle. Il t’a chargé du cinéma ringard, Casanova, maintenant ? » me diront les plus subtils d’entre vous, après avoir lu la première partie. Alors, d’abord, non, mon vénéré Rédac’chef ne m’a pas chargé de faire de la critique cinéma, il ne veut pas que je dise du bien du cinéma nord-t-amércain ce qui fâcherait nos lecteurs de la Gauche de la Gauche de la Gauche de Mes Deux. Ensuite, le premier qui traite le cinéma de John Ford de ringard, c’est rien qu’un tocard qui mérite des baffes. Enfin et surtout, si j’ai causé de tout ça, c’est pas que j’ai envie de me coller un Stetson© blanc sur le crâne et de sauter sur mon canasson en gueulant « Yiiihaa », j’ai bien trop peur des bourrins pour ça, mais pour comparer la situation des rationalistes dans la médiasphère actuelle à celle de John Wayne et de ses potes dans le film en question.

Parce que, franchement, là, ça commence à sentir super mauvais pour les sceptiques, les laïcs, les libre-penseurs et autres scientistes de mon acabit. On était là, peinards, à admirer les progrès de la Science et de la Technique, en se foutant copieusement de la tronche de ceux qui nous agitaient leurs grigris magiques et/ou religieux sous le nez et on se disait qu’ils n’en avaient plus pour longtemps, les amateurs d’abracadabra au rabais. Un œil vers Hubble, l’autre sur nos PC, on se tenait bien chaud, dans un parfait entre-soi de compétition, en se demandant si on résoudrait d’abord l’équation du grand tout ou la question quantique, on applaudissait à l’arrivée de Rosetta sur Tchouri et on ricanait devant les tentatives de Boutin et consorts de faire sortir Dieu de sa maison de retraite.

Grave erreur.

Car pendant qu’on s’endormait sur les lauriers des Nobels, sortant par tous les trous de la médiasphère, revoilà les magiciens et les ensoutannés de toutes confessions qui déboulent. Et qui montent à l’assaut de la Raison. Plus possible d’écouter sa radio sans entendre des conneries sur les cures de « détox », hé, les mecs vous connaissez la fonction des reins ? Vous avez séché les cours de bio de 5è ou quoi ? Et les autres comiques anti-vaxx, prêts à laisser mourir ou souffrir des mômes et des immunodéprimés au nom d’une idéologie naturaliste qui pue la naphtaline font plus de bruit que l’ensemble du collège mondial de virologie. Et les psychopathes du « chimique » qui préfèrent le naturel, va falloir qu’ils se rappellent que tout est chimique, H2O, c’est pas fait que pour remplir les cases de mots fléchés. Sans causer des amateurs de médecine tellement douce qu’elle n’existe pas mais soigne mieux que les autres, ou les furieux des boulettes de sucre qui guérissent de tout sauf de la connerie, semble-t-il. Voilà qu’en plus Jupiter Macron vient déblatérer devant les pasteurs qu’il compte sur eux et leurs potes dans le débat sur la PMA, se torchant publiquement avec les articles 26 et 35 de la Loi de séparation des églises et de l’état.

Alors nous, dans notre petit Fort Alamo douillet, on peut continuer à jouer du clairon toute la journée et se féliciter de la taille de nos murailles, si on ne se sort pas le nez de nos culs, la Raison va finir par crouler sous le nombre.

par Naqdimon Weil

Naqdimon by Ranson

 

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