Allons chez Gégène!
Par Naqdimon Weil , le 11 juin 2019

NAQDIMON fait son malin

Tiens, vous qui lisez toutes les semaines ce que j’écris hebdomadairement, je me dis que vous devez avoir à peu près mon âge et que donc, à votre lointaine époque scolaire, vous avez comme moi la joie d’étudier le bouquin « Rhinocéros » de Ionesco. Mais si, évidemment que vous vous rappelez ce texte où un pauvre type commencer par voir un puis deux puis 10 puis des dizaines de rhinocéros partout et à la fin, il était le seul à ne pas être devenu un rhinocéros. Je me souviens que notre prof nous expliquer que c’était une parabole sur l’adhésion générale à une idée dominante qui commence par un tout petit groupe et qui finit par s’étaler dans la société, ainsi le nazisme, le soviétisme, les endives ou les fans de Céline Dion.

Et si je vous cause ainsi de mes vieux souvenirs d’études littéraires, c’est parce qu’il n’y a pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps, sur la station publique dont je fais mon miel régulièrement, j’ai eu l’impression que Rhinocéros c’était de nouveau mon quotidien. Que je vous explique. Ce jour-là à l’émission de Nagui, animateur que j’aime bien, passait la charmante Alix Poisson. Je l’avoue sans honte aucune, j’aime bien cette jeune femme, jolie, talentueuse, bonne chanteuse et surtout non dénuée d’humour. Elle était reçue par l’équipe de la Bande Originale pour Dieu sait quelle nouvelle série programmée sur je ne sais foutre quelle chaîne. En fait, au cours de la conversation, je découvre que cette nouvelle série met en scène des personnages qui se trouvent confrontés à l’horrible horreur horrifique des infâmes lobbys de l’agrochimie, ah, mon Dieu, quelle tristesse, on va tous mourir. Je lève un sourcil surpris, je tends une oreille curieuse, et j’entends se déballer une somme de conneries non-négligeables.

Vous vous demanderez, vous qui avez encore le courage de me lire sans vous être déjà auto-occis au sécateur rouillé, de quoi va-t-il encore se plaindre, ce vieux misanthrope sur le retour ? Et vous aurez bien raison, car je vais vitupérer illico et retomber sur mes pattes rapport au Rhinocéros du début. Car si j’écoute Demorand et Salamé le matin, je prends ma tranche de catéchisme anti-glyphosate, je poursuis avec Trapenard et ses amis plus verts, tu meurs, j’en reprends une tartine avec Devillers et ses éblouissement face à Cash Investigation, même si le trucage de l’émission est dénoncé, j’ai un peu, à peine de répit, avec Rebeihi, Nagui, Kaddour-Boudaddi et Pastureau me survendent le bio et la diète végétarienne, puis c’est les Carnets de campagne de Bertrand qui bave devant l’agriculture à l’ancienne, je me repose pendant le Jeu des 1000 Euros, le journal et 1000 ans d’Histoire et paf, c’est reparti, l’émission scientifique porte aux nues Veillerette, Foucart and co, j’échappe peut-être au massacre avec Affaires sensibles puis avec De Caunes, et boum, le deuxième effet Gauchiss Kool, grâce au Vanhoenacker big band avec en vedette le donneur de leçons en chef, Meurice. Après une bonne journée comme ça, j’ai envie de boire 9 litres de glyphosate directement au goulot, histoire de décompresser.

Comprenez-moi bien. Je n’ai pas la moindre sympathie pour les boites d’agrochimie, ce sont de parfaites structures capitalistiques avec une pensée de bulot, seulement intéressées par le profit le plus rapide. Mais oublier que grâce à leurs méchantes avancées technologiques, on nourrit de plus en plus de gens sur cette foutue planète, c’est jouer au con et gagner tout le tournoi. Agir avec prudence en termes de phytosanitaire, c’est intelligent, jeter le bébé engrais avec le bain chimique, c’est complètement crétin. Vouloir supprimer les agents chimiques de synthèse parce que la chimie, c’est le mal et vouloir épandre en ses lieux et places métaux lourds – le cuivre – ou un mélange de sel et de vinaigre, Delenda Carthago est, t’as l’bonjour de Scipion l’Africain, c’est carrément couillon. Et c’est ce que je reproche à mes petits rhinocéros de France Inter, d’enfiler ainsi les patins de l’écologie non-scientifique en ne prenant jamais la peine de chercher un contradicteur ou une voix discordante, en se contentant des avis et des opinions médiatiques, sans jamais recouper leurs dires ou les comparer à l’état de la recherche. L’entre-soi à ce niveau, franchement, c’est du grand art !

Notez bien, je racontais ma chronique à mon vieux pote S., qui se mit à se marrer, lui l’auditeur de RTL, en me disant que sur sa station de sélection, c’était pareil. Mais exactement dans l’autre sens.

Ben, on n’a pas le cul sorti des ronces, tiens!

 

par Naqdimon Weil

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