Arbeit macht con !
Par Chraz , le 5 novembre 2013

CHRAZnique


Oyez oyez, heureux contribuables,

Dans un fameux sketch, Coluche disait : « Il y a 3 millions de personnes qui veulent du travail, c’est pas vrai, de l’argent leur suffirait ». Eh bien c’étaient des conneries, et les spectateurs qui trouvaient ça drôle ne savaient sans doute même pas pourquoi parce que c’est complètement faux.

Coluche s’en est d’ailleurs aperçu et il a dit le contraire plus tard : « Les gens sont des fainéants quand ils sont au boulot, mais dès qu’ils sont au chômage ils ont envie de travailler ». Et ça, non seulement c’est vrai, mais c’est l’un des plus gros problèmes de l’humanité.

L’homme occidental est tristement formaté pour bosser, depuis des siècles, et il fait comme les femmes africaines qui perpétuent la tradition de l’excision : il s’ampute lui-même ! Depuis qu’il est devenu sédentaire et donc propriétaire, le temps de la cueillette et de la glandouille est terminé. C’est pas « Farniente, sieste et méditation » qu’on lui enfonce dans le crâne depuis bien avant la République, c’est « Travail – Famille – Patrie », Ducon, et dès que le cordon est coupé, il demande au gynécoloque s’il n’aurait pas besoin d’un assistant. Et ce besoin de bosser nous amène à faire n’importe quoi. Les gens qui gagnent au Loto et qui quittent leur job s’emmerdent et deviennent alcooliques. C’est pour ça que la plupart des gagnants bouffent le magot le plus vite possible : pour retrouver la joie avec le chemin de l’usine.

« Heili heilo, je reviens au boulot ! »

Ce qui est intéressant dans le jeu d’argent, ce n’est pas que tu peux gagner, c’est que tu as bien plus de chances de perdre, ce qui va te redonner de l’énergie pour aller re-bosser et regagner des sous pour pouvoir rejouer.

Ne rien foutre, c’est un métier. Il faut être né dans une famille de nantis ou de nobles habitués à se faire servir depuis des générations pour supporter ça. Rester assis sur son cul à se faire tourner autour par des larbins, une qui te remplit ton assiette, l’autre qui fait le plein de ton verre, et le chien qui va chercher les pantoufles, il faut que ce soit dans les gênes ! La grande majorité des gens ne peut pas rester à rien faire. La preuve : les retraités bricolent ou font leur jardin quand ils ont la chance d’en avoir un, même s’ils ont les moyens de se payer des artisans et des légumes bios ! Ils ne restent pas dans leur pieu à décrocher des saucisses accrochées au plafond comme dans « Alexandre le Bienheureux ».  Et les vieux des HLM qui n’ont rien à glander tournent en rond autour de leur télé et finissent par tirer sur les gamins qui parlent trop fort en bas de l’immeuble tellement ils s’emmerdent.

Alors pour être sûr de bosser, l’homme a été si malin qu’il a inventé des tas de trucs très cons, comme la guerre.

Quand notre ministre du Commerce Extérieur Nicole Bricq a coupé le ruban du pavillon français de la Foire internationale de Bagdad, il y a quelques semaines, c’était pour qu’on ait du boulot ! Par l’intermédiaire des 22 PME et grands groupes français qui l’accompagnaient (Sanofi, Orange etc…).

L’Irak est en ruines, c’est chouette, ça va nous faire plein de boulot ! On devrait y doubler en trois ans nos exportations pour reconstruire, merci aux américains qui ont tout cassé en 2003 et merde à Chirac ! Oui, merci à la guerre, sinon on se serait emmerdés ! Grâce à quelques centaines de milliers de morts seulement –qui ne sont plus inscrits au Pôle Emploi de Bagdad, soit dit en passant-,  et à quelques milliers de tonnes de bombes qui avaient déjà demandé du boulot pour être fabriquées -c’est que ça ne se fait pas tout seul !-, on a ouvert le plus grand marché de reconstruction au monde : 500 milliards d’euros, ça en jette ! Par les fenêtres, mais ça en jette ! La France a déjà chopé un super contrat dans le ferroviaire, Thalès leur a déjà vendu pour 250 millions de radars et d’équipements électriques divers, il faut se retrousser les manches pour faire tous ces machins. Et comme le travail appelle le travail, c’est pas fini ! Sinon on rebombarde !

En Irak, c’est pas nous qui avons cassé et on a quand même des millions d’heures de boulot en perspective, alors vivement qu’on ait détruit tout le Mali, là ce sera rien que pour nous !

C’est que les idées pour ne pas rester à rien foutre ne manquent pas ! Pour être sûr de ne jamais rester à glander, on a inventé aussi un truc génialement con : l’obsolescence programmée. Le principe est simple : un appareil qui comporte plein de pièces, tu en fais une plus fragile, qui casse rapidement, comme ça tu es obligé de tout jeter et de racheter un appareil neuf, ce qui permet aux ouvriers de retravailler.

Les premières ampoules électriques, par exemple, étaient inusables, elles ont plus de cent ans et elles brillent encore. Du coup il n’y avait pas assez de boulot pour en fabriquer d’autres… vous me direz : « Oui mais on n’en avait pas besoin vu que les anciennes fonctionnaient », et vous n’aurez rien compris parce que l’important, c’est qu’on s’occupe ! Si on avait continué à en faire des inusables plutôt que des merdiques qui pètent tous les cinq ans, on n’aurait dû bosser que vingt fois moins pour s’éclairer pareil. Et la même chose pour les bagnoles, les machines à laver, les télés et tout un tas de saloperies qui se déglinguent en moins de deux et pourrissent la planète, ce qui va en plus nous donner du boulot pour la nettoyer, chouette !

En résumé, on pourrait vivre avec grosso-modo le même confort en bossant cinq ou dix fois moins si on n’était pas assez intelligents pour préférer aller à l’usine et se faire défoncer la cervelle par la mode, la pub et l’attrait du neuf de peur d’avoir l’air moins branché que le Ducon de voisin. On bidouillerait cinq ou dix heures par semaine, et le reste du temps, on s’emmerderait à la pétanque, aux champignons et à la pêche dans des rivières même pas polluées par les déchets qu’on fabrique rien que pour le plaisir d’aller bosser.

Parce que l’homme est un poète qui préfère rêver. Alors pour lui, le bonheur, il faut que ça reste un rêve, et pour continuer à rêver, il faut qu’il aille bosser.

par Chraz

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