Argent, mon guide, mon amour!
Par Thierry Rocher

Thierry ROCHER renvoie la censure

Comme tout le monde, j’entends régulièrement des annonces de montages financiers douteux, de malversations d’individualités ou de groupes opaques d’individus, et à chaque fois, je pense à ces êtres humains motivés et rapidement obsédés par cette course au fric qui dépasse l’entendement. Je ne parle pas de gens qui sortent du caniveau et qui ont trouvé des combines pour s’éloigner de la misère mais d’organisations existentielles où la fin et les moyens se confondent. Je serai curieux de savoir si le goût démesuré pour l’argent rentre dans le domaine des addictions et par conséquent peut être soigné comme tel.

En cette fin d’année, la cupidité à gerber a pris une autre dimension avec, tout d’abord, à l’occasion du  succès du Black Friday, le grand vainqueur de cette journée mémorable pour les vendeurs de tous poils, Amazon. Amazon qui ne paye pas les impôts liés à son activité France. Les gens « respectables » du business nous bassinent avec l’optimisation fiscale, en langage courant, c’est une escroquerie qu’elle soit légale ou non. Que les personnes scandalisées par les pratiques d’Amazon continuent à faire travailler cette boite en disant la fameuse phrase: « Ah ben c’est comme ça, on n’y peut rien et c’est pas moi qui vais changer quelque chose ! »

Mais la question que je me pose toujours concerne ceux qui bossent pour ces entreprises malhonnêtes. Comment le salarié qui est forcément informé du système mis en place gère sa conscience? Une structure qui vole le contribuable génère-t-elle des employés ayant perdu tout scrupule, et par conséquent toute dignité? Je reste convaincu que la plupart des boulots sont des boulots de cons (allez, pour rester sage et optimiste, je dirais beaucoup au lieu de la plupart !) qui bafouent l’esprit critique et qui font renoncer à un idéal de vie qu’on croyait ancrer en soi depuis l’entrée dans la vie active.

Alors, Amazon bien sûr, mais ces derniers jours, on a franchi un palier avec la multinationale Airbnb et sa fameuse carte Payonner (société basée comme par hasard à Gibraltar!), l’outil parfait pour une évasion fiscale organisée. Je suis curieux de savoir combien de temps Airbnb va pouvoir agir en toute impunité et permettre aux loueurs français de masquer leurs gains. Airbnb ne peut se passer de la France qui est le pays le plus important pour cette société et donc, pour un pouvoir politique, il n’y a pas à transiger avec ces capitalistes prêts à tout. En attendant, chers amis, continuez à travailler avec Airbnb, ça me permettra d’entendre la phrase que j’aime beaucoup: « Ah ben, c’est comme ça, on n’y peut rien, et c’est pas moi qui vais changer quelque chose. »

C’est comme ça, l’argent et la dignité ont toujours eu du mal à cohabiter. En attendant, je préfère regarder dans le coin de ceux qui pensent que la vraie richesse, c’est la liberté. Mais bon, la sagesse, ça ne s’achète pas.

Par contre, ce qui s’achète, c’est une place pour encourager le spectacle vivant avant qu’il ne meurt, enfin une certaine idée du spectacle , par exemple « Qi Shi Tsu et moi » qui change à chaque représentation, (Théâtre Darius Milhaud Paris XIX, tous les samedis de décembre à 21 heures) et au même endroit encore une représentation de la pièce « A boire et à manger » le 10 décembre. Les lecteurs du Coq des Bruyères sont les bienvenus !

Par Thierry Rocher

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