Ariel voit rouge
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Les traditions, c’est bien. C’est la seule chose qui fait office de frein dans la course effrénée vers le progrès, celui qui nous permet notamment de survivre jusqu’à quatre-vingt dix ans avec du caca plein les couches, de prévenir ses proches quand on est bien arrivé au rayon des petits pois et flageolets ou de pouvoir jouir d’une prostituée lettone en moins de trois heures d’avion. Les traditions, ce sont des racines qui permettent de comprendre d’où on vient et pourquoi on va y rester, c’est ce qu’on peut invoquer comme argument quand on refuse l’avortement même pour le fœtus d’un oncle un peu trop invasif, ou c’est ce qui peut faire office d’excuse quand un texan mitraille une silhouette floue qui s’est introduite sur sa propriété.

Le 30 Mai dernier, des rabats-joie progressistes ont recouvert de peinture vermeille la Petite Sirène de Copenhague, vraisemblablement en signe de protestation contre le massacre ritualisé de baleines pilotes sur les côtes des Îles Féroé et ce, en dépit du caractère divertissant de l’activité. Je veux dire ; comment ne pas être amusé aux larmes devant le spectacle délirant de plusieurs centaines de globicéphales noirs alignés côte à côte sur le sable et gentiment exécutées pour la beauté du geste ?

N’empêche, quel est le rapport entre une statue danoise et une pratique féroïenne ? Il faut savoir que les Îles Féroé sont au Danemark ce que les Antilles ou l’Afrique Noire sont à la France : un genre de département. La Petite Sirène étant elle-même un véritable monument du patrimoine danois, l’acte de vandalisme devient de fait hautement symbolique. Pour bien comprendre le but de dégradation, une revendication sous forme d »injonction a été taguée à même le sol, à deux pas de la statue : « Danemark, défends les baleines des Îles Féroé ». Sûrement un coup de Green Peace, Vétérinaires Sans Frontière ou le collectif « Le meurtre des baleines : c’est assez ! ». Le problème ici réside dans une tradition datant au moins de 1000 ans après Mahomet, la grindadráp.

La grindadráp est, je cite l’encyclopédie Wikipédialis, « une tradition culturelle de chasse aux cétacés » et signifie littéralement « mise à mort des baleines » quand on jacte le féroïen le dimanche après-midi. Comme sa traduction l’indique, cette charmante activité consiste à trucider d’innocents globicéphales, principalement des baleines pilotes mais aussi quelques dauphins ou marsouins s’ils sont déjà sur les lieux du charnier, histoire de pas faire de discrimination. Pour conserver un petit côté Nicolas Hulot et pas se faire emmerder comme les japonais, les baleines sont abattues par le biais de longs couteaux après avoir été rabattues par le biais de grands bateaux au fin fond d’un fjord, près d’une plage certifiée éco-responsable apte à absorber des centaines de mètres cubes de sang. Si avant, l’utilité de la sauterie pouvait être gastronomique, aujourd’hui elle est essentiellement ludique. La grindadráp en fait, c’est l’équivalent de la corrida mais avec de l’eau aux genoux.

La mise à mort est évidemment réservée aux hommes car c’est la partie la plus honorifique et la plus intéressante. Les femmes, elles, se contentent de traîner les carcasses sur le sable et de dépecer les bestiaux avec les gosses, notamment parce qu’elles ont l’habitude, depuis la nuit des temps, de nettoyer la merde des hommes avant de leur préparer le steak. Ça aussi d’ailleurs, c’est une tradition.

Une tradition tellement vieille que certains pensent que c’est génétique.

(l’info originale sur le site de LCI)

Par Romain Rouanet

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