Autobiographie de Patrick Font
Par Anthony Casanova , le 4 septembre 2018

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Patrick Font aura mis presque trente ans pour nous raconter son histoire. Trois décennies sur trois supports différents. La première fois, en 1986, c’est à l’intérieur du trimestriel Mezzanine que Patrick voulut raconter ce qu’il nommait « la merveilleuse aventure de Font et Val ». Puis, au début des années 90, dans le bimestriel la Taupe qui feuge, il renouvela l’exercice qu’il intitula cette fois-ci « la merveilleuse histoire de Font et Val ». Il n’y avait pas de « militantisme » chez Font et Val, mais une sensibilité les amenant à exprimer leurs idées à travers l’humour et la poésie. Une liberté totale, absolue et sans frein de dire et de chanter sur scène tout ce qui leur tenait aux tripes. Le patriotisme, les totalitarismes de gauche et de droite, les religions, bref, la connerie était leur cible privilégiée, et leur public partageait avec eux l’idée que rien ne vaut un éclat de rire pour démasquer les salauds qui nous polluent l’existence. Cette « aventure » ou cette « histoire », Patrick aimait la raconter car, pour lui, cela tournait toujours autour du merveilleux, de l’inexplicable. Comment expliquer cette alchimie ? Comment expliquer qu’une petite chanson sans importance de trois minutes finisse par devenir un sketch hilarant d’un quart d’heure ? Patrick n’y voyait qu’une réponse : la magie. Ainsi, Patrick s’imaginait comme un héros de Jules Verne qui, de concerts en restaurants, voyageait au rythme des rires du public, et ce bonheur d’être sur une scène fut, sans doute, l’épisode le plus solaire de son existence.

La troisième mouture du récit des fameux duettistes fut publiée en 2009 dans le Coq des bruyères, hebdomadaire satirique que Patrick fonda en 2006 avec Denis Zavarise. Sous l’effet du changement de millénaire, il la renomma « la fantastique épopée de Font et Val ». Dans le Coq des Bruyères, Patrick eut aussi l’envie de raconter d’autres parties de sa vie comme son enfance dans les montagnes de Haute-Savoie, ou encore son adolescence chez les curés. C’est à partir de ces textes que nous est venue l’idée de publier une autobiographie.

À partir de juin 2016, j’ai regroupé tout ce qui concernait ses écrits autobiographiques pour qu’il puisse s’en servir comme base de travail. Ensuite, il m’envoya de nombreux manuscrits que notre amie Priscilla Dedelot se chargea souvent de dactylographier. Pour finir, durant un peu plus d’une année, j’ai passé de longues heures au téléphone avec Patrick en lui relisant son texte pour lui permettre de faire de petites corrections et de longs rajouts. Une autobiographie n’est pas un livre d’histoire, il ne s’agit pas de savoir avec exactitude comment une vie s’est passée mais de raconter simplement la manière dont on s’en souvient.

Cela fera plaisir aux « braves gens », et autres nostalgique de la guillotine, à qui répugne l’idée même d’une publication des Souvenirs de Patrick d’apprendre que de sa sortie de prison jusqu’à sa mort, Patrick Font a vécu dix-sept années sans le sou et sans domicile fixe. Après la prison, il ne fut hébergé que par une poignée d’amis qui ont toujours pris au pied de la lettre la chanson de Brassens Celui qui a mal tourné. À la question « A-t-on le droit de chanter ou de lire du Patrick Font ? », je leur répondrai par l’interrogative : « Êtes-vous à ce point favorable à la double peine pour qu’elle doive durer jusque dans la tombe ? » Si c’est le cas, j’espère que votre bibliothèque ne s’encombre pas des œuvres du marquis de Sade, qui fut condamné pour des actes de torture, ni de celles de Verlaine, condamné pour tentative de meurtre. Peut-être devriez-vous aussi jeter aussi ceux qui ne furent jamais condamnés comme Rimbaud, marchand d’esclaves, ou encore André Gide, qui fut un client de la prostitution infantile. Oh ! Ils sont nombreux les « salauds » qui étaient aussi artistes. Si certains furent, heureusement, condamnés, d’autres sont toujours passés entre les mailles de la justice. Or, curieusement, le public est toujours plus bienveillant envers ceux qui ne passent jamais devant les tribunaux.
Alors, soyons sérieux, hypocrites lecteurs, ne soyez pas plus juges que les juges, plus jurés que les jurés, et plus bourreaux que la mort elle-même.

par Anthony Casanova 

PS: Souvenirs d’un cowboy d’opérette, la seule et unique autobiographie de Patrick Font paraîtra le 27 septembre. Vous pouvez la commander dès à présent. Pour plus de renseignements, envoyez-nous un mail à lecoqdesbruyeres@gmail.com


Souvenirs d’un cowboy d’opérette
Parution : 27/09/2018
Pages : 375
Format : 148 x 210 mm
Prix : 30.00 € 



 

 

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