Autopsie d’une crise

par | 5 Mai 2020

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Depuis le 1er tour des élections municipales et le moment où nous avons basculé dans la période dite du confinement, chacun semble avoir pris à son compte la maxime de Michel Audiard: «C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule». Ainsi, nous eûmes la joie de découvrir que toutes nos connaissances étaient au pire médecins au mieux experts en virologie et autres joyeusetés qui se transmettent sans que l’on sache trop pourquoi. Encouragé par docteur Maboul de la Canebière pour qui la méthode scientifique n’est qu’une pudeur pour mou du slip, nous avons débattu entre professionnels de la science infuse sur l’étendu de nos certitudes concernant les sujets que l’on ignore.

Ce qu’il y a de passionnant avec les catastrophes naturelles comme le coronavirus, c’est la grande dignité qui s’échappe du cœur de ceux qui en ont un gros. La crise ne durant qu’un temps, il faut faire vite. Récolter des dons, émouvoir et, avouons-le, montrer son cœur à tous les passants. Et quand il s’agit d’exhiber son cœur, bien plus vaste qu’une fosse commune près d’un hôpital de fortune, on peut compter sur le chobizenesse (cf. Jean Yann). La merveilleuse famille du spectacle sait verser des flots de larmes dès l’instant où la caméra est sur elle. Vous savez un artiste, c’est sensible. A la moindre tragédie, au moindre récit pitoyable de la misère du monde, l’artiste va dégouliner son émotion et, s’il le faut, enregistrer un disque, quitte à risquer de se faire un peu de publicité sur le dos des malades.

L’homme est un animal paradoxal car lorsqu’il est seul, il veut que tout le monde le sache. Alors ce fut une aubaine que le premier confinement mondial ait lieu à l’ère des réseaux sociaux. Ainsi, toutes les passions du dimanche ont pu s’exprimer quotidiennement: Chanteur du dimanche, cuisinier du dimanche, dessinateur du dimanche et surtout philosophe du dimanche ont laissé libre cours à leur obis au mépris de l’autocritique la plus élémentaire.
Toujours sur le principe de l’éternel dimanche depuis le 17 mars, le général Macron nous a appris que nous étions «en guerre» et tous enrôlés dans le régiment des soldats du dimanche. Ce sera donc logiquement à nous, les vétérans du canapé, de juger si, au final, nous avons gagné ou perdu cette troisième guerre mondiale qui vit s’opposer l’humanité contre un microbe. A moins que nous commencions à réfléchir à notre manière de vivre en temps de paix pour que ceux de la dernière ne soient pas tout à fait morts pour des nèfles…?
Mais en attendant l’armistice et les espoirs qui précèdent les désillusions, jouons le jeu tous ensemble: Camarade, ce n’est qu’un début, continuons le combat pour que plus rien ne soit jamais comme après… et réciproquement.

PS: Le prochain numéro du Coq paraîtra dans 15 jours soit le 19 mai.

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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