Aux élus de gauche de chez Macron
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Chers élus devant votre mandat aux électeurs de gauche, braves camarades jaune pisse, mes petites girouettes,

Si en politique certains s’inspirent de Don Quichotte ou de Cyrano pour guider leurs idéaux, c’est assurément dans le rôle de Iago, le traître d’Othello, que vous préférez peaufiner votre petite carrière.

Après avoir décidé d’organiser les primaires citoyennes, en ayant même proposé à Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron d’y participer, les résultats ont l’air de vous décevoir. C’est vrai que c’est embêtant la démocratie. En plus de demander l’avis du peuple, il faudrait le respecter… ça fait beaucoup pour vous qui pensez, modestement, que le peuple ne peut avoir raison que s’il pense comme vous. Alors, n’écoutant que votre courage… non, pardon, je vous prenais pour un autre… n’écoutant que les sondages, vous avez opté pour le candidat du mouvement «En marche». Pour justifier cette volte-face, vous mettez en avant votre «responsabilité». Oh le joli mot pour décrire le reniement de la parole donnée.

Tout d’abord, la responsabilité d’écouter le sens du vent à savoir: les sondages. Ces fameux sondages qui sont un peu l’horoscope du politicien ou les pronostics du Tiercé de l’électeur plus ou moins apolitique. Ces fameux sondages qui annonçaient l’élection de Balladur en 1995, celle de Jospin en 2002, la réélection de Sarkozy en 2012, la victoire de Juppé aux Primaires de la droite et du centre, le refus du Brexit, la défaite de Trump… bref, la science exacte dans toute sa splendeur… et sa misère aussi un peu.

Dans la série des petites victoires à court terme se changeant en désaveux à long terme, le louvoiement politique en est l’exemple parfait. Vous vous pensiez le Kasparov de l’échiquier politique mais vous n’êtes, finalement, que le commis de cuisine du fast-food des couteaux dans le dos. Comment pouvez-vous penser gagner en crédibilité en participant au cliché populaire qui décrit le milieu politique comme un panier de crabes en putréfaction? Nous payons encore aujourd’hui les effets de la signature du Traité de Lisbonne après la victoire du «non» au Référendum sur la Constitution pour l’Europe. L’électorat est las de ne pas être entendu lorsqu’on lui donne la parole. Comment voulez-vous œuvrer pour la démocratie si chacune de vos actions semblent être un retournement de veste?

Autre argument, vous refusez de soutenir Hamon parce que ce dernier fut l’un des frondeurs qui quitta le gouvernement. Selon le principe biscornu qui sous-entendrait que l’infidélité d’hier justifie l’infidélité du jour, vous partez avec Macron qui -mais a-t-on besoin de le rappeler- a aussi quitté le gouvernement. Or, si Hamon et d’autres l’ont fait parce qu’ils ne se retrouvaient plus dans certaines positions du gouvernement, Macron, lui, l’a fait par ambition personnelle. D’ailleurs, Hamon a joué, comme vous, le jeu des primaires alors que Macron n’en a même pas pris la peine. Pour résumer: vous choisissez le mépris individuel à la contestation intellectuelle.

Ah Macron! Le Rastignac propre sur lui qui a attendu d’être en compagnie de Philippe de Villiers pour déclarer en souriant qu’il n’était pas socialiste.
Macron qui trouve que les jeunes devraient «rêver d’être millionnaires».
Macron disant que les syndicalistes feraient mieux de «travailler pour se payer un costard», et non des tee-shirts revendicatifs.
Macron qui regrette la présence tutélaire «d’un roi en France».
Macron qui déplore que la France n’ait pas suivi l’exemple de Thatcher dans les années 80.
Macron qui souhaite que les salariés puissent «travailler plus, sans être payés plus».
Macron qui trouve que les homophobes de la Manif pour tous furent «humiliés» par une loi prônant l’égalité des droits.
Macron, le communautariste, qui pense que la société française devrait assumer une «part de responsabilité» dans le «terreau» sur lequel le djihadisme a pu prospérer.
Macron qui veut généraliser le travail dominical.
Macron bienveillant envers l’ubérisation du monde du travail. Ah Uber et ses braves gens qui espéraient devenir leur propre patron pour finir par n’être que leur propre esclave.

Donc vous, élus de gauche, vous rejoignez les rangs d’un homme qui n’est pas plus de gauche sur ses positions sociales que sociétales. Dans la peur et sans autocritique, vous n’hésiterez pas à vous présenter, demain, aux élections en arborant l’étiquette politique que vous balancez, aujourd’hui, à la poubelle

Après les rois fainéants, voici le cortège des élus courtisans. Impassibles et trop occupés à cirer les bottes de vos coreligionnaires, vous n’anticiperez pas celle, plus lourde, qui finira par vous botter le cul. Cette botte-là, c’est celle de ce peuple qui vous regarde passer, et qui ne sachant plus comment vous atteindre, finira par porter au pouvoir ceux qui ne le rendent pas par les urnes. Vous méprisez la démocratie, le peuple a retenu la leçon: il votera pour ceux qui n’en veulent plus.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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