Avocat: émotion à temps partiel
Par Thierry Rocher

Thierry ROCHER renvoie la censure

A l’occasion du procès Merah médiatisé, plusieurs questions viennent naturellement à l’esprit. Les interrogations profondes m’ont été soufflées par le fameux philosophe chinois Qi Shi Tsu. J’ai indiqué la base de cette réflexion, l’autre jour, sur Facebook et je reprends ici ces fameuses questions qui m’ébranlent toujours: d’où provient l’argent qui a permis à la famille Mérah de s’offrir Dupont-Moretti comme défenseur? Si Dupont-Moretti travaille sans contrepartie financière, y a-t-il une liste de « grandes causes humanitaires » pour lesquelles, il est bénévole? Et s’il travaille « aux résultats », à partir de quelle peine et d’années de prison fait-il demi-tarif sur ses émoluments ?

Questions tendancieuses me direz-vous ? Elles le deviennent quand on regarde de plus près le protagoniste. Un avocat, en début de carrière, est-il en situation de refuser un client, de faire des choix éthiques, de suivre son idéal qui l’a poussé à faire des études pour défendre la veuve et l’orphelin? Je ne crois pas, bien sûr! J’ai toujours pensé, naïvement, que les années d’exercice d’une profession rapprochaient du luxe de la liberté rêvée au début des choix de vie de l’adolescence, à savoir la liberté financière qui permet de tourner le dos aux strictes contingences matérielles pour donner libre cours à son idéal, aux causes qui ne souffrent d’aucune zone d’ombre. Alors avec le Dupont-Moretti du moment, décrié, on comprend que défendre Merah est un exercice intellectuel qui rejoint le pourquoi de son engagement, bien sûr, mais parvenu à son niveau de notoriété pour en arriver à sortir ce type d’arguments qui ne reposent que sur la vénalité et la surdimension  de son ego , il finit par se rendre petit. Mais ce qui compte, c’est que son talent théâtral lui permette de marquer les esprits pour que de futurs clients d’affaires nauséabondes continuent à sentir le parfum de l’acquittement.

Les questions basiques posées, il y a d’autres réflexions sur l’individu et la fonction qui viennent à l’esprit. Comment apprend-on à bannir l’émotion dans les affaires sordides que l’on a à traiter et la défense de cloportes à assurer? L’apprentissage doit se faire rapidement mais ensuite comment fait-on pour garder en soi, la part de l’émotionnel plus ou moins intacte pour vivre avec de l’instinct, du sentiment et pas uniquement de la raison? Et sachant l’atteinte au mental faite quotidiennement, et la place d’un égo qui ne pourrait retrouver sa juste place que grâce à une psychanalyse sérieuse, doit-on souhaiter que la profession d’avocat ne soit pas exercée durant toute la vie active, tout comme un enseignant qui perd la foi au bout de dix ans serait bien inspiré de changer de voie professionnelle?

La gymnastique psychologique nécessaire à l’avocat des causes pourries lui laisse-t-elle des séquelles dans sa vie sentimentale ? Reste-t-il crédible dans sa vie privée?

Je suis sincèrement admiratif pour les gens qui savent rester équilibrés dans le déséquilibre ambiant subit chaque jour. Mais peut-être ont-ils des forces intérieures que je n’ai pas?

Peut-être que Dupont-Moretti aura un jour la notoriété suffisante pour laisser les causes merdiques à ceux qui ont besoin de travailler sans se poser de questions existentielles ! Peut-être qu’un jour, Dupont-Moretti se lassera des exercices intellectuels pour faire joujou avec l’éthique du droit gravé dans le code pénal!

Peut-être que pour le match retour du procès Merah, on aura droit aux mêmes pantalonnades !

Patience!

PS: Heureusement, de bonnes nouvelles venant du vrai théâtre, avec « La vie de Léo Tracy »: ma première pièce dramatique a été bien accueillie le 4 novembre au Théâtre Darius Milhaud (Paris XIX). Un vrai plaisir de partager la scène avec Laure Dehorter, la belle musique de Lucas Rocher et la mise en scène fine de Thaïs Herbreteau. Les prochains rendez-vous, si quelques lecteurs du Coq des Bruyères veulent découvrir cette pièce: 11, 18 et 25 novembre à 19 heures.

Par Thierry Rocher

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