Baisez qui vous voulez!
Par Agathe André

On the road with Agathe ANDRÉ

Agathe Andre by Espe
D’Ellen Page à Bella Thorne, Mara Wilson ou la chanteuse de Cœur de Pirate, tout le monde se revendique bisexuel. C’est tant mieux: la bisexualité, c’est la sexualité du futur. D’ailleurs, au même titre que l’endive braisée, elle a sa journée officielle, et c’est le 23 septembre. Santé!

L’occasion d’un p’ti raout autour du «B» de LGBT: état des lieux, visibilité, actions contre la «bi-phobie» et tout le tintouin politico-militant, nécessaire à une meilleure approche de cette réalité socio-sexuelle.
C’est que, paradoxalement, ce sont les homos qui expriment le plus souvent une opinion négative sur la bisexualité. Pour beaucoup d’entre eux, la bisexualité ne serait qu’un passage éphémère avant de se fixer sur une orientation définitive. En gros, c’est «Bi maintenant! Homo demain!»
L’intégrisme sexuel n’étant pas l’apanage de la Manif pour tous, cette sexualité fout les jetons et véhicule un fantasme de dangerosité: le bisexuel, c’est le traitre, susceptible de succomber à toutes les tentations, de faire succomber à toutes les tentations. Un briseur de ménages, un libertin qui bouffe à tous les râteliers.

Inclassable, la bisexualité ne se laisse enfermer dans aucun camp. Ni dans celui de l’hétérosexualité, ni dans celui de l’homosexualité, ni dans le féminin, ni dans le masculin. On ne peut ni l’inclure, ni l’exclure. Aussi déconstruit-elle l’ordre établi avec les hétéros d’un côté et les pédés de l’autre:  la bisexualité, c’est le choix du non-choix. Une sexualité et une sentimentalité à parts entières qui obligent à prendre en considération la mutabilité du désir et la grande élasticité de nos orientations sexuelles autant que de la nature changeante de nos pulsions: on peut combler avec l’un et l’autre sexe des besoins qui nous sont propres. Affectifs d’un côté, sexuels de l’autre. Bi-affectif. Bi-sexuel. Et vice et versa.

«L’être humain est pan-érotique, son expérience ne se limite jamais à un seul courant sexuel, et l’attirance sexuelle, érotique et affective peut évoluer au grès des circonstances.» assure le psychologue Eric Verdier.

L’expérience du séparatisme lesbien des années 60-70 l’illustre à merveille. Une période au cours de laquelle, certaines femmes, pour penser les enjeux du féminisme, se sont constituées en communautés non mixtes: nombreuses sont celles qui sont tombées amoureuses l’une de l’autre. D’hétérosexuelles, elles sont devenus homosexuelles. Et une poignée d’entre elles, bi-sexuelles.

Sans compter qu’au plumard, si l’on en croit Didier Varrod, directeur de la musique de France Inter, on baise mieux! «La bi-sexualité procure un super pouvoir. C’est tout un art de savoir faire l’amour à une femme et à un homme. Et le fait pour un homme de se faire pénétrer et de trouver, à un moment donné une sorte d’explosion cosmique aussi intense qu’avec une femme, fait s’effondrer tout ce pourquoi on est un homme dans la société. Tout ce pourquoi on existe socialement. (Extraits de La bisexualité, tout un art. Un documentaire réalisé par Laure Michel et Eric Wastiaux)»

La bisexualité, un art de jouir donc, un subtil jeu d’équilibriste qui explore tous les champs des possibles et qui contribue à une compréhension, à une cohérence du phénomène sexuel dans sa totalité.

par Agathe André

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