Barberis vs Bobée
Par Christophe Sibille , le 25 juin 2019

Christophe SIBILLE et sa lectrice

 

Ma chère lectrice, à qui je rends grâce d’être d’une fidélité inconditionnelle à ces quelques misérables lignes, qui, je l’espère, te procurent un plaisir au moins égal aux larmes de sang qu’elles me coûtent à produire, j’ai décidé de t’engager comme auditrice également assidue de «Balistiq.» Une radio locale dans laquelle j’ai l’insigne honneur, non seulement de dire la version «radio» de ces mêmes lignes au micro, mais d’interviewer tout un tas de personnalités que je n’en reviens pas encore moi-même.Des femmes et des hommes qui me font cet incroyable honneur de me donner l’occasion de les laisser tout simplement parler, puisqu’ils ne sont pas ici dans une émission où on les empêchera de couper la parole, qui de l’interviewer, qui des chroniqueurs humoristes qui la squattent.

Bon, mon aigreur me porte à une mauvaise foi certaine, mais il faut que tu m’excuses, c’est la fin de l’année, et moi, les vacances, ça m’énerve. Alors, merci, Philippe Caubère, Natalie Dessay, Bruno Monsaingeon, Sophia Aram, Thomas Fersen, Florent Marchet, Frédéric Pommier, Jean-François Zygel, et tous ceux que j’oublie, de m’avoir donné la joie d’échanger un peu avec vous. Et merci à mon auditrice, de vous écouter, évidemment.

Et, si par extraordinaire tu n’écoutes pas mon émission sur cette radio, (ce dont je te pardonne, mais méfie-toi, ça ne durera pas, mon pardon, pas ta non-écoute), tu peux, sous réserve évidemment que tu n’aies rien ni personne de mieux à branler, faire une balade dont je te remercierai le moment venu sur mon compte «soundcloud.» Tu y trouveras une interview d’Isabelle Barberis, qui est une fort brillante universitaire, artiste et historienne des arts. Qui a fait de la lutte contre le politiquement correct dans les arts un de ses chevaux de bataille.

Pour la résumer, une pièce de théâtre n’a pas à voir son propos travesti au gré des préceptes idéologiques de celui qui la met en scène. Et elle n’a pas non plus à revêtir le poids des évènements historiques advenus depuis que son auteur l’a écrite. Le metteur en scène ne doit pas abâtardir le propos artistique de l’auteur en dénonçant ce que l’auteur n’a pas tenu à dénoncer. Et, plus largement, l’art ne doit pas devenir exclusivement un outil de dénonciation, (essentiellement, en l’occurrence, de l’oppression de l’homme blanc sur le reste de l’humanité), faute de voir la portée artistique de l’œuvre considérablement affaiblie par cette forme qui, «ipso facto» devient fond.

Et, là, je m’aperçois que je perds, momentanément au moins, tout crédit auprès de mon bien-aimé rédac chef Anthony, qui m’avait commandé un sujet estival sous peine de voir mon crédit binouse se tarir instantanément. Mais, comme il le sait, que je n’aime pas l’été, il me pardonnera.

Bref, Isabelle Barberis, qui est donc aussi une des chefs de file de la lutte contre la décolonisation dans l’art, s’est fait attaquer en justice par un metteur en scène, Philippe Bobée.

Philippe Bobée a, dans son exercice professionnel, une petite tendance à vouloir se déculpabiliser des années d’esclavage et de colonisation par ce qu’il appelle «l’identité blanche» en parant toutes les autres des plumes du paon. Et, donc, à vouloir décoloniser, et aussi «dégenrer» «son théâtre» en imposant des parités totalement artificielles.

Isabelle Barberis l’a gentiment moqué sur twitter en disant qu’il était un sauveur de bébés phoques. Philippe Bobée est homosexuel. Hop, dépôt de plainte, action en justice, projecteurs braqués, avec tous les effets délétères qu’on imagine. Procès d’intention, car, contrairement à celui qui l’accuse,  Isabelle Barberis a été de tous temps un défenseur de toutes les minorités opprimées. Sauf qu’Isabelle Barbéris vient de nous apprendre (il y a quatre jours), par le biais de son avocat, Richard Malka, que la plainte est, en fait,  inexistante. Depuis le début!

Sachant dès le départ qu’il serait débouté, Bobée s’est contenté, (à l’image des dénonciations dont on vient de parler), d’appliquer dans la vie ce qu’il fait de mieux au théâtre. User du tribunal médiatique sans risquer, (ce qui lui serait arrivé à coup sûr), de se faire remonter les bretelles jusqu’à la glotte par un non-lieu amplement mérité. Faux-cul un jour, faux-cul toujours. Isabelle envisage de porter plainte à son tour. Affaire à suivre.

Bonnes vacances quand-même. Et, promis, on sera toujours là, et en été, en septembre. Donc, je ferai plus estival à la rentrée!

 

par Christophe Sibille

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