Blasphémons, nom des dieux!
Par Christophe Sibille

Christophe SIBILLE et sa lectrice

Un beau jour, le pays d’Hugo et de Voltaire,
Se donna la loi de juillet quatre-vingt un,
Toujours active, mais que certains voudraient bien
Tempérer un chouia, faute de la faire taire.
Une belle loi d’inspiration libérale,
En un temps où ce mot n’était pas accolé
A une idéologie un peu faisandée
Prompte à donner toutes vertus au capital.«Tout journal ou écrit peut être publié
Sans cautionnement, sans autorisation.»
Naquirent toutes sortes de publications
Où seules les insultes étaient prohibées.
Evidemment pléthore de caricatures
Faisant bander nos yeux vinrent à foisonner,
Encadrant force textes aussi inspirés
Pour nous aider à en comprendre la lecture.Amédée de Noé, puis Gustave Doré,
Sans oublier le géant Honoré Daumier.
Le chemin commençait à bien se dessiner
Pour qu’un jour apparût le Canard Enchaîné.
C’était il y a un peu plus de cent-cinq années.
Le refus absolu de la publicité
Permit l’irrévérence, totale liberté.
Conchier en se poilant. Et, surtout, blasphémer.Cinquante-cinq ans plus tard, crème sur le gâteau,
Arriva notre superbe Charlie-hebdo.
Depuis le début des années soixante-dix,
Tout y fut dézingué, surtout les religions.
Fous rires en pleine tronche de ces tristes églises!
Athéisme joyeux, véritable opinion.
En effet, les bigots de toutes obédiences,
Nous gonflent tellement depuis des millénaires
Que s’offrir leur trombine est un sport salutaire,
Dans lequel notre Charlie tutoie l’excellence.Saillies jubilatoires de ces génies foutraques,
Coups de poings dans la gueule totalement jouissifs
Et tant mieux. Sauf pour ceux qui prenaient le bourre-pif.
Charlie, vous égayâtes l’année de mon bac!

Puis éclipse. Dix ans, et réapparition,
De nouveau là pour nous venger des abrutis,
Politiques véreux, fachos, Bernard Tapie,
Et toujours pied au cul à toutes religions.
Bien sûr, les «formule 1» de cette rédaction
N’étaient pas à l’abri de quelques dissensions!
Un consensus établi à la perfection
Eut sans doute nui à leurs fortes convictions.

Il y eut des départs, de grosses engueulades,
Et des articles se contredisant entre eux,
Mais victoire resta toujours à la marrade
Jusqu’à ce mercredi. Jusqu’à ce jour affreux.
Hé oui, Charlie était détesté par des cons
Qui ne supportaient pas qu’on puisse faire la fête,
Défendre les nanas, dessiner leur prophète;
Alors, leurs noirs canons firent taire les crayons.

Pourtant, auparavant, en mars 2007,
On était presque sûrs de détenir enfin
Un arrêt de justice bien tranchant et bien net
Confirmant la loi de juillet quatre-vingt un.

Las! Ce jugement, loin de calmer les esprits
Mis en court-circuit ceux de quelques abrutis
Pour aboutir aux événements qu’on connaît.
Alors, aujourd’hui, maintenant, qu’est-ce qu’on fait?
On crache à la gueule d’une gauche collabo
Qui a tellement peur de paraître raciste
Qu’elle fait la courte échelle à ces intégristes
En accusant du même coup Charlie-hebdo.

Face à ce filandreux pacte islamo-gauchiste,
Qui parvient même à vouloir que soit annulé
Une pièce d’après Charb sur la laïcité
Allez Charlie! Aujourd’hui, soyons laïcistes.

Pas question de céder devant l’auto-censure
Ce ne sera pas nous qui nous clorons la gueule.
Charlie, continuez, vous n’êtes pas tout seuls
Et vivent le blasphème et les caricatures.

par Christophe Sibille

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