La bonne couleur de peau
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

 

Enfin, il est arrivé! On ne l’attendait plus, on ne l’espérait plus, et voilà que sorti de nulle part est apparu celui qui, par le seul fait d’exister, peut réunir la grande famille de la gauche. Car oui, la gauche est une grande famille, j’en veux pour preuve notre capacité à ne pas pouvoir nous blairer. Alors ne boudons pas notre plaisir car, du dernier des sociaux-traîtres au premier des marxistes-léninistes révolutionnaires, nous sommes soulagés par la capture de Logan Alexandre Nisin, qui est soupçonné d’avoir projeté un attentat contre des hommes politiques et des mosquées.

Enfin un terroriste qui répond complètement à nos attentes: un petit Blanc, skinhead, colleur d’affiches du Front national, un vrai ennemi comme on les aime, chez nous, à gauche.  La gauche a enfin son nouveau Villain. Je précise, à l’attention des députés de La République en marche qui découvrent la politique depuis quelques mois, qu’écrire «Villain» au lieu de «vilain» est une référence à Raoul Villain, l’assassin de Jean Jaurès.

Ah, Logan Alexandre Nisin! Nous t’attendions, nous la gauche, depuis le 11 mars 2012! Rappelez-vous: à cette époque, de Toulouse à Montauban, un homme assassinait trois militaires avant de perpétrer un crime antisémite, le 19 mars 2012, dans l’école juive Otzar Hatorah. Au récit de ces abominations dans les médias, nous, la gauche, pointions déjà du doigt l’entourage plus ou moins proche du Front national. Car oui, pour nous, à gauche, l’antisémitisme est l’apanage de l’entourage du Front national. Quelle ne fut pas notre surprise en apprenant l’identité du salopard. Nous l’imaginions blanc, skinhead, tout droit sorti des chemises brunes de l’extrême droite, mais il était beur, barbu, tout droit déféqué des qamis sombres de l’islamisme. Son nom: Mohamed Merah.   

Dans notre belle et grande famille de la gauche, ce fut l’occasion d’une nouvelle fracture: d’un côté, ceux attaquant l’islamisme et le fondamentalisme religieux; de l’autre, ceux qui voulurent «expliquer» l’horreur à coups de «oui, mais vous comprenez, la politique internationale de la France…» ou à base de «oui, mais la politique israélienne, et ceci et cela…». Ces débats, nous les connaissions déjà puisque, quelques mois auparavant, lors du premier attentat au cocktail Molotov contre Charlie Hebdo couplé avec le piratage du site Internet du journal où la page d’accueil avait été remplacée par une photo de La Mecque et des versets du Coran, nous avions déjà eu ce genre de débat. Toujours une gauche divisée entre ceux dénonçant l’islamisme et le fondamentalisme religieux et ceux déclarant «oui, mais vous comprenez, caricaturer Mahomet, c’est pas gentil…» ou encore «oui, mais il faut savoir que la politique israélienne, et blabla et blabla…».

Ainsi de suite jusqu’aux 7, 8 et 9 janvier 2015. 17 morts, 22 blessés, sans compter tous ceux qui, émotionnellement, intimement, ne s’en remettront jamais. Si une immense partie de la France et du monde fut solidaire de toutes les victimes, il y eut tout de même quelques irréductibles pour encore vomir leur sempiternel «oui, MAIS caricaturer Mahomet, c’est l’huile sur le feu…» ou «bidule, politique israélienne, sionisme et caca partout». Ces gens-là, ces irréductibles connards, on en trouvait à l’extrême droite, chez les fondamentalistes religieux de tous bords, et à la gauche dite de «l’extrême». Pensez-vous que tous les attentats (partout dans le monde) qui ont suivi ce mois de janvier 2015 ont changé quelque chose? Jamais! Ce serait mal connaître les cons. Et donc, à l’Assemblée nationale du pays des droits de l’homme (et accessoirement de la femme, nous avons tendance à l’oublier), siège du côté de la France insoumise Mme Danièle Obono.

L’extrême droite, dont l’essence même, la substantifique moelle idéologique, est à vomir, reste fidèle à elle-même. Mais que vient foutre dans les rangs de la gauche Danièle Obono? Obono qui déclarait le 11 janvier 2015: «Je n’ai pas pleuré Charlie […]. J’ai pleuré toutes les fois où des camarades ont défendu, mordicus, les caricatures racistes de Charlie Hebdo ou les propos de Caroline Fourest au nom de la « liberté d’expression » (des Blanc-he-s/dominant-e-s) ou de la laïcité « à la française ». Mais se sont opportunément tu-e-s quand l’État s’est attaqué à Dieudonné, voire ont appelé et soutenu sa censure…»

Eh oui! Quand on assassine une partie de l’équipe de Charlie, Obono «pleure» sur le sort des détracteurs du journal et, après le carnage antisémite d’un Hyper Cacher, Obono réserve ses pensées à la «censure» de l’antisémite notoire Dieudonné. Mais, si mes souvenirs sont bons, c’est bien Jean-Luc Mélenchon qui prit la parole lors des obsèques de Charb pour dire «Charb, tu as été assassiné comme tu le pressentais par nos plus anciens, nos plus cruels, nos plus constants, nos plus bornés ennemis: les fanatiques religieux, crétins sanglants qui vocifèrent de tous temps « À bas l’intelligence, vive la mort ». Charb, ils n’auront jamais le dernier mot tant qu’il s’en trouvera pour continuer notre inépuisable rébellion […]. Je dis: ici gît une somme d’éclats de rire révolutionnaires; ici commence de nouveau un monde possible, à jamais promis, celui de l’émancipation, de la splendeur de l’esprit libre, de la fraternité humaine […]. Merci camarade!»  

Merci mon cul! Et ne venez pas nous faire l’affront, comme l’a fait dans sa tribune du journal Le Monde Hamidou Anne, de dire que, ce que l’on reproche à Obono, c’est d’être «une jeune femme noire qui, de surcroît, a décidé de ne pas se taire». C’est l’inverse! C’est parce qu’elle n’a pas la pigmentation de Christine Boutin qu’à gauche on prend des pincettes et que l’on fait mille acrobaties intellectuelles empreintes de discrimination positive pour ne pas admettre que seule sa couleur de peau paralyse une certaine gauche d’envoyer Obono paître à l’autre bout de l’Assemblée. Pourtant, elle y serait heureuse et à sa place du côté de Marine Le Pen dont le papa, parrain d’un fils de Dieudonné, préférait se dire «Charles Martel» plutôt que «Charlie».

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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