Bonne nouvelle pour Dieudonné
Par Romain Rouanet , le 13 mars 2018

C’est arrivé près de chez quelqu’un

La mixité sociale, ça peut faire mal aux dents de devant. Normalement, se confronter à l’altérité est émancipateur : cela permet de se rendre compte que certains sont dans des situations bien pires que la nôtre ce qui est pratique pour accepter sa morne existence. Si on nous montre, au cours de somptueux reportages en 4K et Dolby Surround, les galbes rachitiques d’enfants africains sous-affamés, c’est bien pour qu’on puisse avaler sans rechigner la merde en boîte William Saurin pendant la pub. Savoir que certains crèvent de faim, de soif ou d’obus de mortier, que certaines se font exciser, vitrioler ou lapider pour la beauté du geste, ça permet de s’endormir le soir sans avoir à compter les moutons et se lever le matin sans faire de geste brusque. Mais au sein d’un même pays, la mixité sociale pose parfois problème, sans pour autant qu’on puisse la cloisonner.

Mercredi 28 février, un adolescent de Montmagny, Val-d’Oise, a goûté de près aux travers rebutants de cette mixité. Bon déjà, l’adolescent en question est juif donc d’emblée, ça plante le décor. Pour un juif, la mixité sociale – plus particulièrement culturelle – a rarement été une franche réussite ; elle est souvent synonyme de désagréments et ce, quelle que soit la direction observée. En clair, si on est tous le con de quelqu’un, le juif est pratiquement celui de tout le monde.

Alors que l’adolescent, que l’on nommera Isaac histoire d’éviter le stéréotype, sortait de la synagogue un peu avant la fin de l’office tel un vulgaire kâfir, il se fait encercler par une dizaine de jeunes à l’air menaçant. Après les présentations d’usage, il se retrouve à terre, roués de coups par diverses articulations courageuses de type phalange, tarse et métatarse, coude ou genou, bref, la complète. Au cours de ce singulier combat à l’irrégulière, Isaac se fait même savater à coup de branche d’arbre si bien que celles de ses lunettes n’y résistent pas. Précisons comme à l’accoutumée pour éviter les extrapolations maladroites qu’on ignore si la bande était de type ramadan, carême ou diète.

Là-dessus, et parce que toutes les bonnes choses ont une fin comme dirait l’éjaculateur précoce, les jeunes décident de s’arracher sans trop attendre notamment parce que, étant aux abords d’une synagogue en pleine période de culte, le rapport de force risquait de s’inverser dare-dare. Avant de laisser Isaac à ses hématomes, la bande lui braque quand même sa kippa en guise de trophée.

Le vendredi suivant, quatre jeunes sont mis en examen pour violence avec deux circonstances aggravantes : « en réunion » et aux abords d’un établissement scolaire, la synagogue abritant en son sein des pupitres en plus des menorahs. En revanche, le juge des enfants n’a pas daigné relever de trace d’antisémitisme. Cela étonne compte tenu du déroulement des faits surtout que par dessus le souk, quelques heures avant l’office, Isaac avait été alpagué par une bande de huit jeunes sur la base d’un élégant quoique direct « sale juif » alors qu’il se contentait de batifoler innocemment dans un parc voisin.

Si le combo « sale juif », tabassage devant une synagogue et vol de kippa n’est pas à inclure dans les actes antisémites, on se dit qu’à moins de faire un Hyper Cacher façon Amedy Coulibaly, on est relativement tranquille. N’empêche, si on commence à considérer l’antisémitisme comme un détail dans les histoires, où va le monde, je te le demande ?

(l’info originale sur le site de 20 Minutes)

Par Romain Rouanet

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