Braquage à la lensoise
Par Romain Rouanet

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Alors que nous étions en droit d’attendre un peu plus d’avancées sociales de la part d’un gouvernement de gauch… du centr… de la part du gouvernement Hollande, rapport au fait que moi président, j’inverserai la courbe du chômage et de ma belle-sœur, quatre ans et demi plus tard, nous en sommes pourtant toujours au même point. Pour le commun des mortels, trouver un emploi même fictif est à peu près aussi facile que d’opérer une tumeur du cerveau avec un pied-de-biche rouillé et un Parkinson avancé, et c’est pas moi qui vais me contredire sur ce point vu que je fais rien qu’à écrire des lettres de motivation depuis six mois qui obtiennent autant de réponses qu’un agenouillé qui jacte à Dieu. Fort de ce constat, et parce qu’un RSA ne suffit pas pour survivre dans l’opulence excepté pour les gens qui votent à droite, certaines personnes cherchent des solutions alternatives qui sont souvent à caractère illégal : vendre de la came en dessous de doudoune, voler à l’étalage des tires de luxe ou cumuler les mandats électoraux. Jeudi 16 février dernier, un Lensois qui répond au doux nom de JC a lui aussi décidé de passer de l’autre côté de la barrière, dans les marécages poisseux des illicites délits.

Il est 19h ce jour-là dans la sous-préfecture du Pas-de-Calais quand JC décide de monter au braquo dans le quartier de la Grande-Résidence. Il décide pour se faire de dissimuler son visage derrière une écharpe, un bonnet et une paire de lunettes de soleil et part canif en main à pieds vers son butin promis. Même sans être un spécialiste du braquo à main armée, tu sens que ça commence déjà très mal son histoire, tellement que ça pourrait presque faire le début d’un scénario de Desmouceaux.

La question qui se pose ensuite pour JC est de choisir la cible. L’idéal serait un endroit où on trouve des billets, tant qu’à faire, sinon ça n’a aucun sens. JC décide donc d’aller dans un bar-tabac, et plus particulièrement le bar-tabac qu’il fréquente de façon assidue entre deux rendez-vous à Pôle Emploi. Hélas, hélas, c’est là que ça coince, tu le comprends même si tu n’as qu’un embryon de cervelle, coucou Enora, car il connaît autant les lieux que les lieux le connaissent. Ainsi, à peine JC menace-t-il la gérante du commerce que les piliers de comptoir, normalement camarades de déshydratation de JC quand ce dernier ne cherche pas à jouer à l’Al Capone des Hauts-de-France, le reconnaissent aussitôt malgré son déguisement de vacancier des sports d’hiver. Confondu par des poivrots qui seraient pourtant incapables de distinguer un épagneul breton d’une borne à incendie à plus de cinquante centimètres, JC s’arrache clopin-clopant du bar-tabac sans demander son reste, ni insister pour la caisse. Il a en effet et en sus cette caractéristique notable de traîner la patte façon Keyser Söze, qui le rend d’autant plus identifiable pour les futurs enquêteurs qui lui mettront d’ailleurs le grappin dessus au bas de la rue en moins de temps qu’il n’en faut à un éjaculateur précoce pour décharger devant Fauve Hautot. Gardé à vue, il nie d’abord les faits, tel l’enfant qui nie le nez au milieu de sa figure ou le politique les accusations au milieu de sa campagne, coucou François, avant de se rendre à l’évidence devant les images des caméras de surveillance. Si tu veux mon avis, il ne lui manquait plus qu’un panneau placardé sur le front avec ses coordonnées en gras pour être plus équivoque. Un cas d’école pour tous les braqueurs en herbe.

Ainsi, à l’instar de l’ouvrier qui fait rien qu’à mordre la main qui le nourrit en faisant grève, JC aura tenté de siphonner le débit de boissons qui le désaltère, ce qui en plus d’être mesquin est relativement idiot, si tu veux mon avis. Tant qu’à faire de l’illégal, autant le faire loin de chez soi. Je veux dire : tu vas pas aller tromper ta femme avec sa meilleure amie ou sa petite sœur. C’est particulièrement dégueulasse et totalement con puisque tout se sait, et d’autant plus vite que tout le monde se connaît. Une bonne part des cocues opine. Pendant ce temps, un bonne part des cocus ne se doute de rien. Les femmes ont cette élégance morale de tromper leurs hommes avec des inconnus. On peut gager également qu’elles ont le bon sens d’aller braquer des bars-tabacs qui ne sont pas dans leurs circonscriptions. T’en entends souvent parler toi, des femmes braqueuses ?

(l’info originale sur le site de La Voix du Nord)

Par Romain Rouanet

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