Bravo, nous avons perdu
Par Anthony Casanova , le 8 décembre 2015

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par Babouse
Mélange des mots, des noms et des principes, il n’y a plus que la gauche pour miser sur un front républicain dont le dit parti des Républicains n’a, quant à lui, plus rien à foutre. Que voulez-vous, le FN ne fait plus peur qu’à la gauche. La droite a beau dire tout faire pour contrer le FN, elle a fini par accepter que le parti de la famille Le Pen gagne de plus en plus d’élections.
Alors que dans le Nord et en PACA, le FN a frôlé la victoire dès le premier tour, le PS essaye d’enrayer l’inévitable en se désistant. Pour la droite, il en est hors de question. Donc soit le FN gagne une région soit il devient l’unique parti d’opposition. Et si le FN n’empoche aucune région? Eh bien ce n’est pas grave, le FN gagnera la prochaine fois.

Le front républicain est un leurre. N’oublions pas qu’au début des années 80, la droite et l’extrême droite ont conclu de nombreuses alliances aux élections car, en ce temps-là, Charles Pasqua et Jacques Chirac voulaient se servir du FN pour enrayer sa progression comme le fit Mitterrand avec le PC. Mais au lieu d’écraser le FN, le FN prospéra. Certes, il y a eu un sursaut pendant 10 ans mais avec l’arrivée de Sarkozy et de sa stratégie du « ni-ni », le FN est redevenu crédible en étant « dédiabolisé ». A partir de dimanche prochain, aucun élu de gauche ne siègera dans deux régions. LR et le FN s’apprivoiseront-ils ou les Républicains feront-ils le choix d’être un rempart contre le FN ? Soyons sérieux, si nous espérons la seconde solution, la première semble malheureusement plus plausible.

On ne va pas se mentir : nous avons échoué. Traiter de cons les électeurs du FN, railler leur programme inexistant, leurs solutions simplistes, dire F comme fascistes et N comme nazis, scander « no pasarán » ou chanter Bella ciao n’aura servi à rien. L’extrême droite est réellement et concrètement aux portes du pouvoir. 
Depuis 30 ans nous avons tout fait : le parallèle avec la Seconde Guerre mondiale, nous avons dénoncé, expliqué, rabâché mille fois les mêmes refrains… et au final, le FN grossit inlassablement, les abstentionnistes continuent à regarder ailleurs en se disant que rien ne changera jamais, la droite pense que les électeurs du FN finiront par préférer leur solution économique, la gauche pense que les électeurs du FN finiront par préférer leur solution sociale, et l’extrême gauche, elle, voit dans la victoire du FN le premier pas vers la révolution. Bravo à tous, nous avons perdu.

Nous vivons une ère où la lutte contre la xénophobie, le racisme, l’homophobie, l’antisémitisme est ringardisée. Une ère où parler de laïcité, de droit au blasphème et d’humanisme fait de nous de pauvres ahuris du « politiquement correct ». Et nous, nous à gauche, nous passons notre temps à nous accuser de faire monter le FN comme si le FN avait besoin de nous pour gagner une élection, comme si les électeurs du FN ne comprenaient pas sur qui leur vote se porte.  La seule et unique solution c’est d’avoir le courage de reconstruire la gauche. Que le PC, le Front de gauche, EELV, le PS et le PRG, sans pour autant gommer les petits débats internes, œuvrent ensemble pour redonner aux idées progressistes une dignité et une clarté. C’est urgent.

La victoire du FN se produira-t-elle en 2017 ? en 2022 ? Et à ce moment-là, combien serons-nous à penser que c’est une catastrophe ? Si le 21 avril 2002 nous parlions d’un « coup de tonnerre », aujourd’hui, chers amis, nous attendons tranquillement de recevoir la foudre en pleine gueule.
Cette chronique n’a peut-être pas sa place dans un journal satirique mais je ne sais pas si vous le savez : l’extrême droite n’arrive plus, elle est là.

par Anthony Casanova

PS : Le « Coq des Bruyères » est, pour des raisons qui nous concernent et nous regardent, un hebdomadaire satirique gratuit et sans pub. Cependant, si vous voulez soutenir la presse satirique : lisez et/ou abonnez-vous à Charlie Hebdo. Merci pour eux.

# [Les derniers articles de Anthony Casanova]

Patrick FONT - Souvenirs d'un cowboy d'opérette