Briser le plafond de connes
Par Agathe André

On the road with Agathe ANDRÉ

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Hillary Clinton n’a pas perdu parce que c’est une femme. Mais, comme l’avait pressenti Michael Moore, parce qu’elle «est impopulaire, considérée comme malhonnête et peu fiable, qu’elle représente la vieille manière de faire de la politique et qu’elle raconte n’importe quoi pour se faire élire», main dans la main avec le Grand Capital.
Hillary Clinton est une badass, une femme puissante et forte qui n’a pas froid au yeux et qui s’impose. Une dure à cuire qui s’est appropriée, pour conquérir le pouvoir, tous les codes d’une masculinité bien particulière. Si elle avait remporté les élections, elle aurait régenté avec les mêmes couilles au cul que les vieux mâles blancs hétérosexuels qui nous gouvernent.

Hillary Clinton a perdu parce qu’elle n’a pas convaincu. Point. En appeler «au plafond de verre» pour expliquer sa branlée électorale face au pire candidat possible, c’est vraiment du foutage de gueule. Mais c’est systématique d’un féminisme contemporain qui consiste, quand il n’y a plus d’autre voie possible, à attirer l’attention sur le thème de l’éternelle oppression masculine et à se réfugier derrière son sexe pour se victimiser.
Ce féminisme-là, essentialiste et majoritaire en France, est dans une impasse: son seul horizon est l’égalité des sexes dans la continuité des stéréotypes de genres. Autrement dit, des Vénusiennes qui veulent rejoindre Mars et s’accaparer, pour reprendre la terminologie de cet escroc de John Gray, les valeurs « primordiales » de la planète mâle: le pouvoir, la compétence, la puissance, la réussite. Dans cette révolution «girly» , l’homme est l’ennemi héréditaire autant que le modèle de masculinité à suivre. A quoi bon promulguer des lois pour la parité et l’égalité, si le projet de société consiste à reproduire les mêmes conneries, à perpétuer la même homosociabilité économique et politique?

Virginie Despentes a raison quand elle déclare que les «mecs sont vachement lents à s’emparer de la question de la masculinité». Sans doute, parce que d’un côté, le féminisme actuel ne leur propose qu’une vision sacrificielle de la féminité venue tout droit de Vénus -torcher les gosses, récurer les chiottes, partager les tâches ménagères- une guerre des sexes où ces messieurs ont tout à perdre. Et que de l’autre côté, la seule vision qu’on ait de l’homme qui s’émancipe dans l’espace public, c’est le gay, sans cesse renvoyé, dans un contexte de panique homosexuelle, à une féminité guère valorisée.
Les hommes comme les femmes ont tout à gagner à quitter Mars et Vénus, à investir un féminisme queer et positif et à se battre pour l’émancipation et l’autodétermination de tous quelque soit le sexe biologique.

Lorsque le genre sera vraiment libéré, s’ouvrira alors une panoplie très diversifiée de vivre ses identités et de porter des projets politiques.
Et la virilité d’une Hillary Clinton ou d’un Donald Trump n’auront plus droit de cité.

par Agathe André

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