Ça l’affiche mal
Par Christophe Sibille , le 16 octobre 2018

Christophe SIBILLE et sa lectrice

J’ai eu droit, il y a quelques jours, de la part d’un autoprésumé : « spécialiste de la chanson française », au commentaire qui suit ; (alors que je faisais part, en toute naïveté, tu me connais, de mes doutes circonstanciés concernant l’accès au statut de vedettes des deux recrues, ci-dessous citées, de la « playlist » de « France-inter »):
« Voyez-vous je n’aime rien chez Juliette Armanet, mais j’aime pas mal de choses chez Eddy de Pretto. Vous vous érigez en arbitre des élégances, (vous, c’est moi, ô ma lectrice chérie), en distribuant les bons ou mauvais points. Ça me rappelle ce qu’un expert avait conseillé à Jacques Brel: prendre les excellents trains pour Bruxelles. C’était donc un mauvais, tout le monde n’a pas partagé ce point de vue. »

Pour planter le décor, c’était sur une publication «facebook» de Bernard Joyet, qui sait de quoi il parle en matière de chanson, puisqu’il n’écrit pas d’articles, mais sillonne depuis des décennies les différentes scènes de l’hexagone, et d’ailleurs, pour nous en chanter. Et il écrit aussi pour d’autres, comme par exemple Juliette. LA Juliette, qui chante des vraies chansons pleines de beaux arrangements, pas Armanet, qui se contente d’avoir tenté de piquer les tics les plus irritants de Véronique Sanson pour faire mouiller inconsciemment le neurone du nostalgique de Michel Berger.
Même si piquer un tic, c’est mieux que piquer une tique.
Plus facile, en tous cas.
En plus, Bernard était, jusqu’à une époque récente, accompagné au piano par Nathalie Miravette, qui est à mon sens une des meilleures à ce jeu-là sur la scène française.

Ce commentaire «copinage» ne me rapportera rien, hormis, peut-être, le fait que tu auras peut-être envie d’aller voir et entendre à quoi ressemble l’ami Bernard s’il passe près de chez toi, ô ma lectrice. Auquel cas je ne manquerai pas de lui dire de te faire la bise, un coucou à Guillaume qui l’accompagne, et de te remettre un chèque. Pour moi. Mais c’était juste pour te dire qu’il avait tout simplement écrit sur son «mur»: «Le mec qui programme la musique sur France Inter les jours de grève n’est pas le même que celui des autres jours… il connaît même Anne Sylvestre. Il risque de se faire virer. » Paroles pleines de bon sens, tant il est vrai que, pour Didier Varrod et Djubaka, les programmateurs principaux des autres jours de l’amusique de cette chaîne où y’a de moins en moins de plaisir, un bon chanteur est aussi obligatoirement artistiquement mort que cliniquement vivant.

Bref, tout ce long préambule pour se demander à quelle vitesse voyage le son dans le crâne assurément plein d’espace inemployable de quelqu’un qui compare Brel et de Pretto, comme le fait notre sous-employeur de ses esgourdes du début de cette chronique.

A l’affiche (mal), et sans la moindre transition, (ce qui va vraisemblablement m’attirer un blâme et un retrait de salaire de mon rédac-chef chéri; ça y est, mon salaire est rétabli), une affiche, justement. «Octobre rose», ça te dit quelque-chose? Non? Je continue, alors. «Aujourd’hui, un homme m’a touché les seins.» Aaaaargh, bedide goguine, je te vois venir… Non, pas déjà!!! Oups.

Je continue; le dessin! Justement, des seins. Ben oui, j’y peux rien, moi! Une jeune fille rougissante, soulevant son t-shirt. Deux mains, posées dessus, d’une manière qu’on peut trouver suggestive, même si on n’est pas un obsédé comme moi. Les doigts dirigés vers le haut, à tel point qu’on peut en toute légitimité se poser la question de savoir où serait la tête de leur propriétaire, si l’image n’était pas coupée. La légende du bas de l’image: «ce n’est pas mon mec, mais je me suis laissé faire.» Hého, les féministes, vous êtes toutes parties en camp de rééducation avec Rokahia Diallo dans un séminaire-stage de rabotage de couilles? C’est quoi, cette campagne de prévention contre le cancer du sein, (car c’est bien de ça qu’il s’agit) avec des atours de «youporn» soft?

L’argument de la promoteuse de la campagne vaut son poids de 85 A: «oui, c’est une affiche par des femmes pour des femmes.» Ah ouais? Elle veut vraiment nous faire avaler, cette dindasse, que ça peut être motivant, pour aller faire un contrôle aussi indispensable que pas marrant, de le voir associé à une potentielle caresse intime?

«Cette affiche a pour objet d’interpeller, et ça fonctionne»; Ça, c’est sûr! Ça donne envie d’en bâillonner l’auteur! Avec une armoire de soutifs! Porté quatre semaines! Par Christine Boutin, tiens!
Bref, amie lectrice, si tu veux voir une belle campagne, qui ne cherche pas à faire de l’humour ou une blague de cul avec tes nichons, celle de «l’institut national du cancer» est très bien!
Si ça se trouve, c’est un mec qui l’a conçue? J’espère que non, quand même… Ça l’afficherait mal.

par Christophe Sibille

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