Cahiers du cinéma et convivialité

par | 10 Mar 2020

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Tandis que le monde culturel, les internautes et les médias se disputent pour savoir si un réalisateur peut recevoir un prix? si une humoriste peut faire des blagues sur un réalisateur? ou, simplement, si la pédophilie n’est pas qu’une mode devenue has been? la revue fondée par André Bazin, Les Cahiers du cinéma, vient de vivre un séisme dont tout le monde se fiche.
L’histoire est simple: Les Cahiers est une revue qui parle, critique, réfléchit au 7ème art depuis presque 70 ans. Suite aux rachats successifs que subissent Les Cahiers depuis une dizaine d’années, le titre est finalement «tombé» entre les mains d’un collectif rassemblant 20 entrepreneurs et producteurs français. Parmi eux, Xavier Niel (fondateur de Free), Alain Weill (patron d’Altice France), Marc Simoncini (fondateur de Meetic) le tout en compagnie de quelques producteurs dont Marc du Pontavice, Pascal Caucheteux, Christophe Barral, Pascal Breton et Toufik Ayadi.

En réaction à ce rachat qui donnera l’impression que les critiques des Cahiers sont des vendus, l’ensemble de la rédaction a décidé de démissionner. La future nomination au poste de directrice générale de Julie Lethiphu, actuelle déléguée générale de la SRF (Société des réalisateurs de films) n’a fait que confirmer les craintes du rédacteur en chef, Stéphane Delorme, qui explique les raisons de cette démission dans son édito du mois de mars. Il faut dire que la nouvelle ligne éditoriale annoncée fait rêver: «chic», «conviviale» et «recentrée sur le cinéma français».
Mais voilà, dans le monde du spectacle, nul être n’est plus haï que le critique. Sous prétexte que les critiques sont de vilains méchants qui osent descendre en 5 minutes ce qu’un «génie» a réussi à pondre en 5 ans, personne ne s’inquiète de voir un journal livré aux mains de ceux qu’il est censé critiquer. C’en est presque bien fait pour leur gueule se disent les «professionnels de la profession» dont la susceptibilité n’a d’égal que l’orgueil.

Or, la bande des 20 a raison: arrogants et ne sachant jamais apprécier à leur juste valeur les chefs d’œuvres pour mangeurs de pop-corn, les critiques des Cahiers n’ont jamais été chics. C’est pourquoi, ils méritaient ce coup de pied au cul «convivial». C’est vrai que Les Cahiers du cinéma n’ont pas dit que le film Bécassine, produit par Pascal Caucheteux, fut indéniablement «le divertissement de l’année 2018» ou encore «une vraie comédie familiale qui parle aux petits et aux grands de 7 à 77 ans». Oui, c’est ballot mais les critiques des Cahiers ne disaient jamais «de 7 à 77 ans».
Peut-être aurait-il fallu encenser les belles séries produites par Pascal Breton? Écrire, par exemple: «Plus belle la vie, est une chronique sociétale et bienveillante de la France qu’on aime qui, sous le soleil de Marseille, sait nous émouvoir et nous faire sourire» ou encore «Marseille, produit par le truculent Pascal Breton pour Netflix, est une série admirablement portée à bout de gras par Gérard Depardieu».

Il est rassurant d’imaginer la revue de Bazin, Godard et Truffaut mettre, dans peu de temps, en couverture la nouvelle comédie de l’année racontant la folle histoire d’amour entre une journaliste de BFM et un employé (heureux) de Free se rencontrant sur Meetic pour vivre des aventures rocambolesques avant une happy end totalement inattendue.

On ne demande à un critique que deux qualités: la culture et l’honnêteté. En démissionnant, toute la rédaction des Cahiers a démontré l’intégrité et l’intransigeance qu’il fallait avoir pour écrire dans cette revue. A présent, ce ne sera plus le cas, et Les Cahiers du cinéma deviendront chics et conviviaux, autant les appeler désormais: Les Cahiers de la publicité.

Par Anthony Casanova

Par Anthony Casanova

Anthony Casanova est le directeur de publication et le rédacteur en chef du journal satirique Le Coq des Bruyères.
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