Casanova est un agent du Mossad!
Par Naqdimon Weil , le 18 septembre 2018

NAQDIMON fait son malin

Bon, normalement, avec ce titre et ce chapeau – ou chapô, en patois journalistique, vous savez, ce court texte qui est censé résumer l’article mais sans trop en dévoiler et qui est toujours gratuit même quand l’article est payant, sont-ils balaises, ces gens-là !-, je devrais avoir toute votre attention. C’est dommage qu’au Coq on n’ait pas de photo de couverture, seulement des petitmickeys joliment dessinés par de gentils petitmickeyeurs de talent – sauf Ranson, qui sous-traite ses crobards en Asie du Sud-Est -, j’aurais pu mettre une photo du rédac-chef en train de recevoir un gros paquet d’un mystérieux personnage, avec barbe, papillotes et shtreimel, car tous les membres du Mossad portent ça, c’est dans la dotation normale de l’agent de terrain de l’entité sioniste satanique fasciste, photo artistiquement floutée ou prise avec de la vaseline sur l’objectif, et là, paf, votre curiosité est piquée au vif, vous sentez que vous touchez du doigt un scandale à côté duquel les presque-emplois de Mââme Fillon passeraient pour d’amusantes coquecigrues sans conséquence et qui serait à même de faire tomber la République, l’Union Européenne et même la SNCF, car un cousin par alliance du beau-frère de Casanova est agent ferroviaire. Bref, j’essaye de vous survendre un évènement anecdotique, en gonflant à mort la réalité. Car, sur la photo, en fait, si on regarde bien, on se rend compte que l’étrange colis que reçois le Chef du Coq n’est qu’un paquet de gefilte fish envoyé par sa cousine Rébecca et que le type avec barbe et chapeau hassidique est en fait un livreur de chez DHL habillé en rasta.

Pourquoi me suis-je lancé dans cette déconnante description des actions de mes camarades de colonnes, me demanderez-vous si vous avez eu la patience de lire jusque-là et parce que vous avez l’esprit curieux ? Pour la simple et bonne raison qu’en cette époque de fake news et de post vérité, j’ai la douloureuse impression qu’au lieu de faire acte de résistance intellectuelle, mes amis journalistes, tous médias confondus, foncent à toute blinde vers les titres les plus racoleurs et des phrases d’accroche – oui, je sais, en français moderne, on dit « catch phrase », mais moi, j’assume ma posture de vieux con vieuconisant et je continue à utiliser le français ancien, celui qu’on m’a appris à l’école à l’école publique, laïque et obligatoire, avant l’invasion des pédagogistes, coucou Sibille, s’il n’en reste que deux nous serons ces deux-là, j’espère que ta santé s’améliore, je ferme cette nième digression et m’en reviens à mon sujet principal -, phrases d’accroche souvent lapidaires et parfois même mensongères.

Tiens, par exemple, un grand journal qui cause à 60 millions de Français qui claquent leur pognon chez les mercantis – 60 millions, mais est-ce déjà une absolue vérité, mmmhhhh ? Compte-t-on les enfants en bas âge ? Et d’ailleurs, au dernier recensement, nous serions 67,2 millions d’habitants, pourquoi méprise-t-on les 7, 2 millions qui restent, hein ? Et les étrangers, ils comptent dedans ou pas ? OK, faut vraiment que j’arrête avec les divagations – vient de nous faire un bel exemple de cette information moisie, en titrant sur les « résidus toxiques » qu’on trouve dans les couches pour bébés – pas celle pour les vieux, ils peuvent crever, les vieillards incontinents, ah merde, j’avais dit que j’arrêtais les parabases -. Or, si on s’intéresse un tant soit peu à l’information scientifique, on se rend compte que les résidus en question ne sont là que sous la forme de pouillèmes de micron largement inférieurs aux normes prudentielles les plus drastiques et que l’accumulation est également bien documentée, et donc, que tout ce ramdam, c’est pour que dalle.

Et des exemples dans le genre, j’en ai plein ma musette, qu’il s’agisse de faire peur ou de faire chialer, qu’on parle de glyphosate ou qu’on évoque Israël, qu’on aborde la science ou qu’on disserte sur la politique, la mode est à l’exagération, l’outrance et souvent même, l’approximation la plus crasse. Bah, me direz-vous, si vous ne vous êtes pas tiré une balle dans la bouche tant ce texte est compliqué à suivre, ce n’est pas bien grave, au pire, on prend plus de précautions que nécessaire et on est plus exigeant avec certains pays, même amis, ça ne peut pas faire de mal. Ben si, ça fait du mal, beaucoup de mal. Parce qu’à force de dire qu’un sujet est controversé quand 99% des spécialistes disent une chose et que 1% de bas du front affirment l’inverse, à force de mélanger laïcité et racisme, à force de se donner des postures morales quand elles ne sont que moralisatrices, bref, à force d’à force, on finit par donner de la valeur à la pensée des illuminés, des psychopathes, des pro-Assad et des amis de Bouteldja. Qui sont souvent les mêmes, soit dit en passant.

Bref, à force de crier au loup quand le moindre chihuahua passe, faudra pas s’étonner de ne plus reconnaitre le bestiau quand il est en train de s’en prendre à nos bijoux de famille.

 

par Naqdimon Weil

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