Catalunya, porque te vas…
Par Anthony Casanova

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Le mot «indépendance» scandé par une foule produit souvent le même effet dans notre inconscient révolutionnaire que le mot liberté: on imagine déjà une harde de chevaux se défaire de leur harnais, casser les barrières de leur enclos pour partir au galop vers d’irrésistibles contrées sauvages. Mais si l’on prend son temps, qu’on laisse se dissiper le romantisme qui émane de la sonorité du mot, on se met à chercher la raison qui pousse à ce besoin d’indépendance: Est-ce une émancipation ou un isolement?

Il faut mettre de côté les questions économiques car bien qu’elles puissent asseoir ou non la viabilité d’un projet, elles ne sont au final qu’anecdotiques sur le fond du problème. Lorsqu’on réclame son indépendance cela sous-entend qu’on ne se sent plus assez libre dans un mode de fonctionnement. Alors si nous pouvions comprendre les déclarations d’indépendance qui suivirent la chute de l’URSS, peut-on comparer la situation de la Catalunya en Espagne à celle de la Croatie en Yougoslavie? La Catalunya jouit d’une très large autonomie sur des sujets aussi importants que la justice, l’éducation, la culture, l’économie…  alors à quoi rime réellement cette indépendance?

L’Espagne, depuis bientôt 40 ans, est une démocratie ouverte donc nous ne sommes plus dans un régime où l’indépendance serait liée au manque de liberté d’expression ou d’opinion comme ce fut le cas sous Franco. Si on balaie d’un revers de main toutes les évolutions d’une société, comment ne pas comprendre que les aspirations d’hier n’aient plus le même écho en Europe aujourd’hui? Si la volonté indépendantiste de la Catalunya sous Franco était complètement justifiée, la situation n’est plus la même: en Europe les démocraties ouvrent leurs frontières, alors comment ne pas voir comme un retour en arrière un territoire qui souhaiterait en avoir de nouvelles?

C’est exactement l’inverse de ce qui se produit en Ecosse. S’il y a quelques années la volonté indépendantiste écossaise semblait plutôt incongrue, elle prend aujourd’hui tout son sens après le Brexit. Les Écossais veulent de l’Europe, les Anglais n’en veulent pas: il y a bien dans ce cas précis une justification politique et philosophique à cette indépendance.

La Catalunya, elle, est un territoire qui souhaite rester dans l’Union Européenne mais qui veut être dissociée de l’Espagne qui fait partie de l’UE. Imaginons que l’UE l’accepte, nous aurions donc des frontières qui disparaîtraient aussitôt, et la seule grande différence entre la Catalunya indépendante de demain et la Catalunya autonome d’aujourd’hui se trouverait sur une carte d’identité, un petit drapeau que l’on verrait dans le dico, un hymne à chanter aux JO, et pas grand chose de plus.

Quand au sein d’un pays démocratique un territoire ne se suffit même plus de son autonomie, ce n’est pas qu’il souhaite être indépendant c’est qu’il veut être seul.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

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