Ceci n’est pas une saucisse
Par Agathe André

On the road with Agathe ANDRÉ

biche-434-4Je me suis souvent demandée comment baisaient les tenants de la Manif pour Tous. Vite et mal à n’en pas douter, mais depuis la sortie de «Sausage Party», on en sait désormais un peu plus: leur truc, c’est de tremper leur gland dans la moutarde, de s’enfoncer des betteraves dans le cul, de se faire sucer par des champignons et le dernier film d’animation de Conrad Vernon et de Greg Tiernan les renvoie à leur propre sexualité ou fantasmes inavoués. Comment expliquer, sinon, ces cris d’orfraie et ces appels hystériques pour requalifier ce dessin animé en œuvre pornographique, Frédéric Poisson jugeant qu’il est «indispensable de lutter contre l’exposition précoce des images à caractère sexuel qui crée des ravages chez les enfants». Rien que ça: pauvres petits n’enfants, anges asexués, purs, innocents, sans pulsions, qui ne se tripotent jamais la nouille…

«Sausage Party», un porno? Bah merde alors. Je n’y vois rien d’autre qu’un foutage de gueule du fanatisme religieux à travers la vie trépidante de produits alimentaires et ménagers. Une mise en scène à l’image de ses auteurs: libertaire, athée, anti-consumériste, irrévérencieux, délicieusement graveleux et subversif. Un film qui fait plutôt appel à l’intelligence qu’à nos bas instincts, qui prône une jouissance libre et sans entrave, et dont les quelques scènes explicitement sexuelles lui valent déjà d’être interdit au moins de 12 ans. Il faut être sacrément tordu pour voir dans ce long métrage une tentative de corruption de mineurs. Ou sacrément con. L’un, malheureusement, n’empêchant pas l’autre.

«Sausage party», comme «American Dad» ou «South Park», offre plusieurs degrés de lecture et ses ressorts comiques s’adaptent à l’âge et la maturité du spectateur: toute la famille peut donc le voir, personne ne rira de la même chose, mais tout le monde y trouvera son compte.
Alors de quoi ces tarés veulent-ils protéger nos gosses? De la critique des religions? De l’humour? De l’idée que les hommes et les femmes puissent prendre et se donner du plaisir? De la vision d’une sexualité ludique, joyeuse et qui rit d’elle-même?
Qu’est-ce qui est obscène pour un adolescent? Une malheureuse petite saucisse de Francfort qui fait la teuf avec du pain de mie ou les tentatives de nivellement et de domestication des désirs et des libertés par les ligues de vertu? Longtemps, l’ordre moral en appelait aux bonnes mœurs. Depuis quelques années, l’arrière-garde puritaine avance avec le masque de la protection de l’enfance pour accuser le sexe, éternel coupable. Heureusement, la censure provoque toujours l’effet inverse de celui recherché. Elle éveille la curiosité: «Sausage party» ne pouvait pas espérer meilleure publicité.
Le plus vulgaire dans cette affaire, étant la voix de Cyril Hanouna…

par Agathe André

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