Ces petits riens
Par Naqdimon Weil , le 19 juin 2018

NAQDIMON fait son malin

Faut reconnaître les choses, plus qu’un évènement gigantesque et définitif, c’est bien souvent l’accumulation des petites choses qui définissent une période. Comme dans un couple, par exemple. Monsieur peut offrir un bouchon carafe à Madame pour leurs dix ans de partage de lit et de mycoses, si au quotidien, Monsieur est une pince, s’il mégote sur le prix du café et recycle ses chaussettes en mitaines, pour Madame, au final, ce type n’est qu’un rapiat de bas étage. Notez bien, si Madame est brillante en société, drôle, charmante, vive et sexy et que le reste de la semaine, elle regarde les Feux de l’Amour en robe de chambre en pilou tout en ronchonnant contre tout, il ne faut pas s’étonner que Monsieur l’appelle « Mémère ».

Et il en va de même pour tout. Je ne sais pas si vous vous souvenez de ces formidables vers de Guiche dans la dernière partie du Cyrano de Rostand, dans lesquels ce vieil ennemi du héros, devenu Duc, apaisé et philosophe, parle de la vie avec génie : « Voyez-vous, lorsqu’on a trop réussi sa vie, On sent, –  n’ayant rien fait, mon Dieu, de vraiment mal !- Mille petits dégoûts de soi, dont le total Ne fait pas un remords, mais une gêne obscure ; Et les manteaux de duc traînent dans leur fourrure, Pendant que des grandeurs on monte les degrés, Un bruit d’illusions sèches et de regrets ». Ce n’est pas un salaud, un traitre ou même un vrai méchant, c’est un type qui s’est laissé aller à quelques facilités et qui, au soir de sa vie, regrette de ne pas avoir été plus moralement indiscutable. Alors certes, il n’a rien de vraiment grave à se reprocher, mais il ne lui reste quand même qu’un ensemble de petits malaises et d’arrangements poisseux qui lui donnent une image assez navrante de lui-même. Tiens, moi, par exemple, je ne me reproche rien ou presque, car j’ai la rigueur morale d’une azalée en pot, mais depuis 3 mois que j’accumule les emmerdes, oh, pas grand-chose de tragique, je vous rassure, juste des pétouilles de santé et des agaceries administratives, je trouve la période saumâtre, alors qu’il n’y a finalement rien de vraiment grave.

Hé bien, pour la Droite, c’est pareil.

Je m’explique. La Droite, on la connaît, elle fanfaronne, elle tempête, elle menace, avec elle au gouvernement, on verra bien ce que l’on va voir et puis, une fois aux commandes, elle se radoucit, elle fait moins la maligne et, à la fin du fin, elle emmerde certes toujours les plus pauvres et les fonctionnaires mais elle conserve souvent le filet social et accepte de la ramener un peu moins afin de ne pas passer pour trop réactionnaire. Enfin, jusqu’à présent. Car même Sarkozy, avec ses emportements et ses rodomontades n’a jamais tout à fait osé toucher au 35h et aux minima sociaux et bouleverser le pays cul par-dessus tête, le souvenir de 95 étant encore bien présent. Bref, c’est une Droite, de Droite, à la française, un peu libérale, vaguement chauvine mais avec ce vieux fond de gaullisme social qui l’empêche de déconner à pleins tubes.

Et puis débarque Wauquiez, avec sa tronche de premier de la classe et son anorak rouge, on se dit « Tiens encore un mec de Droite qui se la joue, mais ça ne va pas faire plus mal que ça ». Sauf ce qu’il faut écouter « Ce sont ces petits riens, Que j’ai mis bout à bout » comme le disait Gainsbourg et la petite musique traditionnelle de la Droite française commence salement à ressembler à l’orphéon criard et désaccordé des autres partis populistes européens. Entre la tradition caporaliste des enfants du Général, dont la gentille mais un poil suicidaire Virginie Calmels vient de faire les frais, le tract « Pour que la France reste la France » qui peut rendre jalouse une Marion Maréchal, les sorties sur les aides sociales « cancers de la société » et autres conneries avec LMPT en bandoulière, le chef de Les Républicains fait tout pour faire ressembler son parti à l’image classique – et méritée –  de Droite la plus bête du monde.

Heureusement qu’en face de lui, il y a ce sauveur de l’humanité qu’est Emmanuel Macron. « On met un pognon dingue et les pauvres restent pauvres ! ». Ah non, merde, raté. Bon alors on a Camarade Jean-Luc et l’alliance Bolivarienne. Naaaaan, j’déconne !

On n’est pas dans la merde, tiens…

 

par Naqdimon Weil

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