«C’est abusé, PTM»
Par Christophe Sibille

Christophe SIBILLE l’homme au micro

«Au royaume des sourds-muets, les aveugles auront toujours le dernier mot» (Steevie Montagné).Vendredi dernier, dix-sept heures. Je m’installe pour faire tranquillement ma séance de gymnastique tri-hebdomadaire.
J’attaque tranquillement, mais avec un certain courage, la première série de pompes. «Mais», t’entends-je me dire, ô ma lectrice préférée, «ne te rends tu pas compte à quel point un mec qui fait des pompes peut avoir l’air stupide?»
Etant donnée ma nature fine et délicate, je ne te répondrai pas que tu n’aurais jamais osé dire la même chose à ton cher et tendre la dernière fois qu’il t’est fort opportunément monté dessus.
Bref. Tu as raison quand même.
Tout en faisant le shadok, j’écoutais machinalement la radio de l’autre oreille. «Si tu écoutes, j’annule tout».
Tiens, Natalie Dessay, invitée! C’est rigolo, je l’ai interviewée hier soir.
Justement, petit résumé:Intervieweuse, (Charline, en l’occurrence) : «Et votre spectacle dure une heure vingt?
-Natalie: oui, et ça passe très vite. Comme je commence en général à vingt heures, je suis sortie de scène à vingt et une heures trente. D’ailleurs, j’étais à Châteauroux pour jouer, hier soir.
-Chroniqueur se croyant désopilant: ouaf ouaf, un spectacle d’une heure vingt? A Châteauroux, on doit avoir l’impression que ça dure trois heures, arf ouaf!»
-Natalie: non, non, pas du tout!»Merci à vous, Natalie. On a pu s’apercevoir, grâce à votre réponse lapidaire autant que sérieuse, de deux choses; que, si on veut absolument être méchant, on a quand même intérêt à ce que ce soit drôle, (n’est pas Coluche qui veut), et, deuxièmement, que les cons sont partout, à Paris comme en Province.
Ils sont simplement un tout petit peu plus prétentieux dans la capitale.
Bref.Venons-en au sujet du jour.
La politique, tiens.
Aujourd’hui, j’ai tenu, pour nous changer des rancis de la primaire dite de gauche, et assurer la relève, à vous présenter une jeune fille totalement politisée.
Bonjour, Peggy!
-Peggy: Kikoo, les bolosses! Alors, toujours sapés comme la dernière fois? Vous avez fait les soldes chez Cetelem, ou quoi? Vous êtes à peu près swag comme ma greume!
-Moi: Heu, bonjour, les moyennement vifs d’esprit; l’originalité de votre vêture laisse toujours légèrement à désirer. Vous avez fait les soldes chez Cetelem, ou quoi? Vous avez à peu près, grosso modo, l’apparence obsolète de ma grand-mère.
Oui, je sais, Peggy s’exprime de manière un peu particulière, force est de le reconnaître. Mais elle n’en est qu’en partie responsable, je l’ai rencontrée à un meeting d’Emmanuel Macron, c’est dire!
-Peggy: Oufissime! Kesta, cassos? T’as craqué ton string? T’as trop kiffé du booze? Si ça t’plaît pas, j’m’arrache, et ton itw, tu peux t’la carrer dans l’fion!
Moi: Non, non, merci, y’a déjà pas mal de monde, j’ai voté Hollande en 2012. Mais je voulais seulement savoir ce que vous pensiez de la situation politique aujourd’hui en France?
-Peggy : Moi, de toute façon, balek, de la politik. Jdcjdr, mais le seul baye qui me fasse taper des barres, c’est l’élection de Big Fish aux states! Ca, c’est GG!
-Moi : Euh, outre atlantique, c’est Donald Trump, qui a été élu président! Et non pas, comme vous le dîtes, cher Peggy, «Big Fish»!
-Peggy : Facepalm!!!! Big MacDonald!!! C’est bien ce que j’ai dit, alors steupl, tu me biffes pas comme une cassos, et tu te la boucles, maintenant!
Non mais, c’est abusé, PTM!»

C’est abusé, PTM.
O.K.
A part ça, ce qui n’est pas «abusé» du tout, c’est, justement, Natalie Dessay sur scène.
L’anti Macron par excellence.
Un texte magnifique, grandiose et désespéré. Une mise en scène glaciale, surprenante, géniale, (allez-y, vous verrez), qui le souligne. Une musique qui renforce l’inéluctabilité de l’attente.
Et Natalie Dessay, comédienne impériale.
Cinq minutes après le début de la pièce, on a oublié la merveilleuse chanteuse qu’on connaît tous, tant son jeu est prenant. Pour la retrouver au moment de la chute, dans un «Kaddish» murmuré et bouleversant.
C’est assez rare qu’on puisse se sentir un peu différent, un peu meilleur, en sortant d’une salle de spectacle, qu’avant d’y être entré.
Alors, je compte sur vous.

par Christophe Sibille

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