C’est pas du jeu
Par Naqdimon Weil , le 27 novembre 2018

NAQDIMON fait son malin

Tiens, moi qui vous cause toutes les semaines de choses et d’autres, mais surtout de tout et de rien, permettez-moi de vous faire ici un aveu. À 53 piges –bientôt 54, n’oubliez pas mon anniversaire, j’adore le chocolat noir et les chaussures de type derby, cuir de vachette, noires ou fauves de préférence, en 40,5, j’ai les arpions fragiles, d’avance merci– je suis un vieux geek confit dans sa geekerie.
Nerd de la première époque, j’ai vu Star Wars : A new hope au cinéma avec mon frère, même qu’on y est resté pour une deuxième séance, j’ai connu Indiana Jones en Seconde, j’ai joué à Pong, à Space Invaders, à Gauntlets dans les troquets, j’ai claqué des Special au flipper, j’ai eu mon premier personnage de Donjons et Dragons à 15 ans, j’ai chanté le tintintin tin tiiiiin de Superman poing en avant avec des copains dans la rue, je sais qui sont John Williams, Basil Poledouris, HP Lovecraft, J.R.R. Tolkien, Gary Gygax, Greg Stafford et j’ai même joué aux jeux FGU –si vous ne connaissez pas tout ça, c’est qu’il vous manque une grosse partie de la pop culture…-, bref, j’ai la carte et même le territoire.

Et donc, en tant que geek assumé, je joue sur mon PC. D’ailleurs je joue aux jeux vidéo sur mon PC depuis que j’ai un ordinateur et, pour être tout à fait honnête, mon premier PC n’avait été acheté QUE pour jouer à des jeux. Alors que ce soit pour bâtir des civilisations, débarquer en Normandie ou dessouder des orcs à grands coups d’épée dans la tronche, je suis toujours présent. Je n’ai jamais acheté de console, ce n’est pas ma came, et surtout, comme tous les copains en avaient une, j’ai aussi pu me faire des tournois de Street Fighters – le 2, sinon, les autres, c’est nul ! – et des découvertes de Final Fantasy, bref j’ai eu ma dose aussi dans ces genres-là.

Je me souviens qu’à l’époque héroïque, certains copains et la majorité des parents de ceux-ci et les nôtres y compris nous regardaient, nous les rôlistes-joueurs de jeux vidéo-lecteurs de Fantasy comme de drôles d’oiseaux, y avait même un psychologue attitré chez Mireille Dumas qui expliquait qu’on allait forcément finir en HP ou en tueur en série, voire les deux. Bref, nous étions une minorité fière d’elle-même et un peu bizarre. 40 ans plus tard, changement de décor ! Tout le monde joue, sur son smartphone ou sur sa télé, Games of Thrones et Stranger Things sont des séries louées par la majorité des critiques, tout le monde a aperçu des images du Seigneurs des Anneaux et c’est hype de raconter qu’on a joué aux jeux de rôles dans sa jeunesse. Et surtout, les jeux vidéo un peu mal branlés des années 80 sont passés à la trappe, les informaticiens foutraques ayant été remplacés par des studios ultramodernes, efficaces et salement rentables. Ne serait-ce qu’en France, le chiffre d’affaires de ceux-ci représente la majorité du CA culturel, et celui-ci dépasse les chiffres de l’automobile… Bref, le marché est en pointe et tout va bien.

Sauf à la Bourse. Et c’est là qu’on rigole quand on a le fond mauvais comme moi. Car je voudrais bien comprendre comment marche cette gigantesque loterie pour yuppies décavés. En effet, on n’a jamais vendu autant de consoles et de jeux vidéo, certains titres explosent régulièrement les résultats financiers du cinéma et de la télévision, la demande est croissante avec les nouveaux supports, les studios ont le cul calé sur un tas d’or – les licences – et pourtant, au New York Stock Exchange ou à la Bourse de Paris, ces valeurs décrochent comme un zinc qui aurait raté son looping. C’est à se rouler de rire par terre, mais plus les studios vendent, plus les prévisions d’achats des particuliers augmentent et moins ils sont valorisés par Wall Street. Là, ce n’est même plus du Casino, c’est carrément du bonneteau avec un arnaqueur qui se marre à vous regarder chercher à savoir où est ce putain de Valet de trèfle.

Alors, je sais bien, je suis un inculte en finance, un clown en ce qui concerne l’épargne, un rigolo pour tout ce qui est des sous, mais quand je compare un marché tel que celui des jeux vidéos à sa valorisation boursière et que je constate que les rapports entre eux sont aberrants, je ne peux que conclure qu’en fait, derrière chaque trader, chaque broker, il y a un gamer qui s’amuse à voir jusqu’où il peut pousser son algorithme.

Sacrés geeks !

par Naqdimon Weil

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