Charb, prophète malgré lui
Par Anthony Casanova , le 21 avril 2015

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Anthony Casanova par Babouse
Le 05 janvier 2015, le Directeur de publication d’un « petit » journal satirique français mettait un point final à son prochain livre. En colère après des années de lutte contre le fanatisme religieux, il avait souhaité régler son compte à une certaine gauche qui l’avait, lui et son journal, trainé dans la mouise depuis la parution en 2006 des caricatures danoises et d’un dessin de Cabu. Cette même frange de la gauche qui, en 2011, n’avait rien trouvé de mieux que de lui reprocher de jeter de « l’huile sur le feu » alors que les locaux de son journal venaient d’être attaqués au cocktail Molotov. Oui, cela faisait bientôt 9 ans que Charlie-Hebdo et ses directeurs successifs étaient accusés de racisme et d’islamophobie.

C’est en raison de cette masse de crasse déversée sur son journal que Charb voulu écrire une lettre à ces « escrocs » qui font le jeu des racistes. Je suis certain qu’en fignolant son bouquin, Charb imaginait déjà la gueule de ceux à qui il s’adressait sans les nommer. Il s’apprêtait certainement à se voir conspuer de nouveau, et à leur rentrer joyeusement dans le lard. Mais voilà, le 7 janvier, il s’est fait assassiner par ceux dont il s’évertuait à dénoncer la folie, la dangerosité, la connerie, l’horreur… oui, Charb est mort de ne pas s’être résigné sous les hués de ses anciens amis. Alors aujourd’hui son livre offre une toute autre lecture.

Le Nouvel Obs qui – allez savoir pourquoi – a pu publier « les bonnes pages » de ce livre parle d’un « testament ». Je vous rassure, le journal du charognard Delfeil de Ton se trompe totalement. Ce livre est l’œuvre d’un homme qui voulait vivre ! Qui avait une putain d’envie de vivre ! D’ailleurs quand il écrit : « un jour, pour rire, il faudra que je publie toutes les lettres de menaces que j’ai reçues à Charlie-Hebdo de la part de fascistes cathos et de fascistes musulmans », on a les nerfs en feu. Charb voulait vivre, voulait rire, et ce livre n’a rien d’un testament, c’est tristement et tout simplement un bouquin posthume.

En lisant « Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes », il y a un arrière-goût d’injustice qui vous colle aux tripes. Tout ce que Charb dit est juste, limpide, intelligent, et ceux qui auraient voulu lui donner tort la ferme car ses assassins ont malheureusement eu le dernier mot. Ces salopards islamistes ont clôturé un débat qui n’aurait jamais dû avoir lieu. Charb et Charlie ne méritaient pas les critiques qu’ils eurent à subir, ils n’auraient jamais dû non plus se retrouver seuls, et il est rageant de savoir que le fiel n’a toujours pas étouffé la gorge de leurs détracteurs.

L’Histoire, avec un « H » majuscule, celle qui nous dépasse tous, retiendra que Stéphane Charbonnier, dit Charb a écrit un beau livre de résistance pour nous expliquer qu’il avait raison de se foutre de la gueule de ses futurs bourreaux.

par Anthony Casanova

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