Charité crétine
Par Romain Rouanet , le 27 février 2018

C’est arrivé près de chez quelqu’un

Ah février ! Classé 2ème mois de l’année par ordre chronologique d’après un sondage IPSOS et Topito, février est aussi le dernier mois avant que mère nature bourgeonne tel l’adolescent transi aux portes du collège et le dernier mois pour aller glisser sur les pistes et dans les couloirs d’avalanche avec ses amis ou sa fille de 11 ans. C’est aussi le mois où les canards deviennent presque laquais, notamment aux alentours du 14, quand les connards, eux, en profitent pour plaquer, aux alentours du 14 aussi et par texto histoire de faire un carton plein. Février, c’est enfin le dernier mois avant novembre où on se scandalise en voyant un SDF grelottant sur un carton d’écran plat 75 pouces entre deux conteneurs de déchets ménagers alors que tout le monde le sait, les cartons, ça va dans le conteneur jaune, merde. C’est la survie d’une planète qui est en jeu.

Pour certaines âmes particulièrement charitables, ce spectacle de détresse humaine fait poindre des relents d’humanisme qui forcent le respect des gens de gauche tellement que ça les pousse – les âmes charitables, pas les gens de gauche évidemment – à commettre des actes caractéristiques de solidarité que la morale Républicaine réprouve. À Paris dans la nuit du lundi 5 au mardi 6 février, une femme a donc été prise d’une violente crise d’empathie aiguë sur la personne d’un laissé-pour-compte alors qu’il y avait même pas de caméra de BFM à proximité. C’est d’ailleurs la différence principale entre une âme charitable et une personne de gauche.

La femme, que l’on nommera Emmanuelle en hommage à la sœur, accueille donc à son propre domicile un homme, que l’on nommera Martin en hommage au pêcheur. Ce dernier demandait l’hospitalité rue de la Pierre-Levée, ou simplement un peu de pain et de chaleur puisqu’il paraît qu’aujourd’hui, d’après des gens de droite qui se déguisent une fois par an en gens de gauche pour faire culpabiliser les âmes charitables, on a plus le droit ni d’avoir faim ni d’avoir froid. Un geste de grande classe qui confinerait presque à l’inconscience par les temps qui courent. De toute évidence, Emmanuelle a pas bien compris les statistiques de Caroline de Haas pourtant limpides, d’une précision chirurgicale et remarquablement étayées par la rigueur scientifique d’un Gégé, pilier de comptoir au PMU de Hénin-Beaumont, qui annonce entre deux ricards tassés que 80 ou 90% des femmes sont des salopes.

Effectivement sur les coups de 23h, Emmanuelle envoie un texto à sa voisine pour lui signaler sans vouloir la déranger qu’elle est séquestrée à son domicile par Martin, qui la menace en plus d’un couteau. Pour éviter de tomber dans les travers malencontreux de l’amalgamisation outrancière, précisons que Martin n’est pas plus arabe qu’un pain au chocolat sinon évidemment, ça aurait été précisé plusieurs fois et l’affaire aurait eu le retentissement d’un Bataclan plutôt que celui d’un fait divers. Un peu comme les tueries de masse dans les lycées américains : tant que c’est Whitie Crackers, 19 ans et encarté à la NRA, qui tient le fusil d’assaut, ça passe. La voisine prévient donc immédiatement la police et la BAC débarque fissa avant d’enfoncer la porte, notamment parce que c’est plus facile de tazzer quelqu’un quand il y a pas d’obstacle au milieu. Le hic c’est qu’entre temps, Martin s’est amusé à tester la résistance du derme humain en plantant 4 fois le couteau dans Emmanuelle avant de recevoir sa décharge assermentée. De toute évidence, il vaut mieux éviter de reproduire ça à la maison puisque Emmanuelle a été transportée d’urgence à l’hôpital. Son pronostic vital est engagé.

Comme dirait l’autre : fais du bien à Martin, il te chiera dans la main. Ou plus exactement, pour paraphraser Ali, le brillant faire-valoir de Booba époque Lunatic : il te plante dans l’intestin. Et même si aider à l’engraissement des paradis fiscaux est honorable, ce serait bien que nos impôts puissent aussi jouir de temps en temps de la préférence nationale. Sans vouloir verser dans le bas du Front patriote. Non parce que s’il faut s’en remettre aux âmes charitables pour éviter que certaines personnes crèvent de froid sous des fenêtres allumées, où va le monde, je te le demande ?

(l’info originale sur le site de LCI)

Par Romain Rouanet

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