Charlie, de l’humour à la mort
Par copinage

Humour a mortEn 2002, lors de l’élection de Miss Monde au Nigeria, des islamistes intégristes avaient provoqué des émeutes qui ont fait 200 morts. En réaction à ce drame, Cabu dessina Mahomet en mafieux, verre de cognac et cigare à la main, en parrain de l’élection de « Miss sac à patates », dans Charlie Hebdo. Quand on l’interrogea sur ce dessin Cabu déclara : « J’ignorais qu’on ne pouvait pas représenter l’image du prophète. Mais je ne regrette pas ces dessins, même si le journal a été insulté et menacé. »
8 février 2006, Charlie hebdo publie les caricatures danoises de Mahomet, dans un numéro spécial où l’on voit en couverture un dessin de Cabu représentant un Mahomet désespéré d’être «débordé par les intégristes» qui soupire «C’est dur d’être aimé par des cons».
7 février 2007, ouverture, au tribunal de grande instance de Paris, du procès contre Charlie, intenté par la Grande Mosquée de Paris, l’Union des organisations islamiques de France et la Ligue islamique mondiale, pour le numéro sur les caricatures de Mahomet.
Daniel Leconte suit le procès et il en fait un film. On y découvre l’équipe lors des réunions de la rédaction, les ambiguïtés politiques, la lâcheté des médias… et au final Charlie est relaxé. Le journal satirique a mené l’un des plus importants combats pour la liberté d’expression devant la justice…
8 ans plus tard, Cabu et 11 personnes seront assassinés par les frères Kouachi qui voulaient venger le prophète Mahomet. Le lendemain, une policière est assassinée à Montrouge. Le jour d’après, 4 personnes sont victimes d’un attentat antisémite.
Daniel Leconte, avec son fils Emmanuel, reprend la caméra. Ils en font un film : « L’Humour à mort ».

Autant le dire de suite, il n’y avait que Leconte pour faire ce film. Il n’y avait que ce vieux compagnon de route de Charlie pour traduire avec l’empathie et la pudeur nécessaires, le désarroi, la tristesse et le dégout. Entre quelques entretiens avec Riss, Coco, Philippe Val, Marika Bret, Eric Portheault, Richard Malka, Luz, Elisabeth Badinter (je déplore grandement l’absence de Caroline Fourest), on retrouve des entretiens tournés lors du premier film avec Charb, Cabu, Tignous… puis des images d’archives où, la gorge serrée, on y voit l’équipe de Charlie rire, chanter, vivre dans une insouciante camaraderie qui durait depuis plus de 20 ans. Oh bien sûr il y eut des orages comme le dit la chanson, des engueulades, des claquements de porte mais tout cela semble bien dérisoire face à la mort.

A quelques jours de « l’anniversaire » des attentats du début janvier 2015, nombreux seront les hommages, les commémorations, les livres, les documentaires, les je-ne-sais-quoi… certains seront peut-être essentiels d’autres nous paraîtrons l’œuvre de charognards. Peu importe, le film de Daniel et Emmanuel Leconte, L’Humour à mort, restera unique tout simplement parce qu’il est la suite que l’on aurait jamais voulu voir d’un film qui se finissait bien. S’il est vrai qu’il est dur d’être aimé par des cons, c’est insupportable d’être assassiné par deux petites merdes.

par Anthony Casanova

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