Les Charlots défont l’Espagne
Par Naqdimon Weil

NAQDIMON fait son malin

Pour vous, je ne sais pas, mais pour moi, l’Espagne, c’est la Reconquista, El Greco, Charles Quint et son menton prognathe, les Ménines de Velázquez, le traité des Pyrénées, Goya, Carmen, les Brigades Internationales, No pasaran!, le massacre des vaches à coups d’épée dans la gueule et la paella. Je reconnais, comme vernis culturel sur la patrie des nobles hidalgos, c’est un tantinet léger. On peut ajouter que ce pays a été notre ennemi héréditaire pendant 300 ans, mais bon, vu que la France Éternelle s’est foutue sur la gueule avec à peu près tous les peuples européens, à part les Belges, ce n’est qu’un ennemi héréditaire de plus. Et voilà que ce pays apparemment si calme se met à tanguer comme un poivrot changeant de bar pour cause d’indépendantisme catalan. OK, je rouvre mes bouquins d’Histoire et de géo, je regarde la situation et je découvre que la Catalogne veut indépendante depuis, holà, au moins 50 ans. C’est déjà pas mal.

Et donc, pour ce faire, les autorités catalanes, parce qu’il y a des autorités catalanes, disent à Madrid, capitale de toute l’Espagne « Bon, ben les gars, c’est pas tout ça, mais nous, on va poser la question aux catalans et on va se tirer de votre pays pourri et rester entre nous, parce qu’en fait, on ne peut pas vous blairer, olé, anda, anda. » Les madrilènes, ombrageux, parce qu’espagnols, prennent assez mal la chose et répondent « C’est celui qui dit qui est, si vous voulez voter, on va vous prendre vos bulletins, vos urnes, vos élus et même vos électeurs si vous continuez à nous courir sur el friol,  ay, ay ay, cabrones ». Le reste de l’Europe regarde ça comme un chat qui renifle un poisson pas frais pendant que certains crient au complot de Madrid et au déni de démocratie. Parce qu’empêcher le peuple de s’exprimer, c’est un déni de démocratie, faut reconnaître. Même quand le peuple en question remet en cause la constitution de pays dont il fait partie. Là, ça coince un peu, ça fait citoyen à deux vitesses, c’est pas très démocratique, tout ça. Mais bon, c’est beau quand même, la liberté.

C’est même très beau, et quand on colle au trou des opposants politiques, c’est un poil gênant dans une démocratie libérale moderne. Sans hurler au retour du franquisme, faut reconnaître que c’est pas très flamboyant et surtout que ça fait tout pour donner raison à ceux qui veulent organiser le référendum. Et forcément ça agace la rue barcelonaise et donc, voilà comment d’une situation politiquement discutable, on fait une bombe à retardement merdique. Brecht disait qu’en cas de mauvais vote, il fallait dissoudre le peuple. Rajoy est moins brutal, il les colle au trou, en loucedé, avant le vote. Ce qui est franchement inepte. Et contraire aux principes européens. C’est ballot.

Cependant, malgré le droit imprescriptible – si, si, imprescriptible, j’vous jure – des peuples à disposer d’eux-mêmes et le côté romantique de la libération d’une nation ancienne –  sauf que le dernier souverain de Catalogne, c’était  Raymond Bérenger IV, comte de Barcelone et de Provence, que ça remonte à 1134 et que c’est volontairement qu’il a associé son bout de terrain à l’Aragon, mais on s’en cogne un peu -, il y a comme un argument nettement moins sympathique derrière tout ça. C’est que la Catalogne est riche et qu’elle ne veut pas forcément payer pour le reste de l’Espagne. Oui,  comme de bons gros capitalistes voraces, ils veulent garder leurs sous pour eux. C’est moins romantique et idéaliste, hein, là, tout de suite, non ?

Mais continuons à rigoler avec cette idée. Parce que, ils sont sympas, les Catalans, globalement, ils sont de Gauche, ils sont ouverts, européens, joyeux festifs, tout ça, tout ça. Mais les gros beaufs réactionnaires du Vlaams Belang, en Flandre, qui veulent faire pareil pour les mêmes raisons, on les soutient, aussi ? Et les aimables nationalistes de la très très à Droite Ligue du Nord qui veulent détacher la Padanie – région qui n’existe pas mais qui est le cœur industriel et commercial de l’Italie – du reste de la Botte, on leur donne une tape sur l’épaule en les encourageant ? À ce rythme là, les Alsaciens, plutôt plus riches que leurs voisins Lorrains, ils ne vont pas tarder à demander l’indépendance au nom de leur cagnotte qu’est rien qu’à eux. Et ce ne sera que le début d’un beau bordel, chacun chez soi, chacun pour soi et merde à la solidarité. C’est marrant, mais ce n’est pas forcément comme ça que j’imaginais l’Europe du XXIè siècle…

La solution ? Je ne la connais pas, mais je doute que ce soit en se claquemurant chacun de son côté qu’on la trouvera.

Olé !

par Naqdimon Weil

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