Cheveux courts idées longues
Par Chraz , le 18 juin 2013

CHRAZnique

Oyez oyez, heureux contribuables,

Quand j’étais petit, mon papa m’interdisait d’avoir les cheveux longs sous prétexte que les sportifs de l’époque avaient presque tous comme lui une coupe « en brosse » et que c’était plus pratique pour courir. Tous ses copains du foot avaient les cheveux courts, ça faisait plus viril, et moi je m’obstinais. J’essayais d’en laisser pousser au moins jusqu’à des longueurs incroyables de deux centimètres, que je lissais sur mon crâne quand j’étais à la maison, et à peine dehors je tirais dessus pour essayer de couvrir le haut de mes oreilles afin d’avoir l’air aussi rebelle que les Beatles, sans me rendre compte que j’avais l’air d’un dangereux voyou.

Aujourd’hui je comprends que mon père avait raison, et je regrette qu’il ne soit plus là aujourd’hui pour voir que les cheveux des sportifs ont encore bien raccourci depuis les années 60. Bien sûr, il y a par-ci par-là quelques footballeurs exhibitionnistes et plus ou moins drogués dont deux ou trois mèches rebelles débordent sur le maillot, mais ils sont rapidement sermonnés par leurs sponsors parce ça cache en partie la marque. Et les vrais sportifs non sponsorisés (ou plus discrètement) que sont les skinheads, ils arborent tous un joli crâne lisse qui ne les ralentit pas dans leur élan quand ils chargent les anti-fachos qui les agressent. Le sportif moderne a compris qu’être chauve, non seulement c’est plus pratique que les grandes tignasses des gauchistes de l’équipe d’en face  -qui voient à peine clair à travers leur écran de poils, ces pauvres imbéciles- mais c’est plus joli et plus poétique. Car, grâce à cette absence de pilosité, le cerveau de ces braves « crânes de peau » n’est séparé de l’extérieur que par une fine couche d’os, c’est-à-dire pratiquement en connexion directe avec le cosmos, ce qui permet une meilleure aération des neurones et une analyse bien plus objective des situations, notamment des situations de combat dans lesquels on se trouve forcément quand on défend une idée neuve de la mode.

Il leur arrive d’ailleurs fréquemment de faire profiter de leur culture aux habitants des charmantes bourgades de Coucy-le Château –où les 28,5 % du FN à présidentielle n’ont pas suffi à les chasser, c’est bizarre-. On peut y lire sur les murs : « Mort aux youpins », « Mort aux négros », et même « HH », qui signifie « Heil Hitler », car plus on a les cheveux courts, et mieux on parle la langue de Goethe. A Fresnoy-le-Grand, commune de trois mille habitants dont sans doute bon nombre de coiffeurs, les poings américains, les matraques et les battes de base-ball font la fortune des boutiques internet vendant ce genre de matériel très utile pour expliquer aux gens d’en face qu’ils sont totalement has-been au niveau du look.

Cette proximité du cerveau avec les éléments naturels –l’air, le soleil, les Rangers- et cette recherche d’osmose avec le Grand Tout amènent évidemment les skinheads à adopter des comportements altruistes incompris par la population perruquée. Ils sont par exemple tellement serviables qu’on les accuse de faire des saluts nazis alors qu’ils indiquent tout simplement la direction du salon de coiffure le plus proche. S’ils écrivent les signes SS sur les panneaux de signalisation, c’est seulement pour signaler un double virage dangereux ! Et s’ils ont éradiqué ces accessoires superflus que sont les cheveux, c’est qu’outre son frein à la pénétration dans l’air –à l’inverse de la tête de nœud-, la toison du haut dévoile des secrets qui ne regardent personne. Frisée, elle dénonce souvent l’origine magrébine de leur propriétaire. Grise ou blanche, elle révèle l’âge du capitaine. En dreadlocks, elle montre la tendance « fumeur de pétards » du Rasta qui est dessous. En forme de crête, on sait que c’est un possesseur de chien. Roux, elle prouve que le garçon ou la fille a probablement été conçu pendant les règles, ce qui est dégoûtant, ou pire : que c’est un anglais ou une anglaise. Et blonde, elle indique que la personne est plutôt naïve, voire carrément idiote, à moins de diriger le Front National pour cause de consanguinité. Le cheveu, c’est un peu l’étoile jaune d’aujourd’hui. Son élimination est donc un pas vers l’égalité entre les hommes.

Notons qu’alors que la plupart des innovations viennent de Paris, le département français qui semble le plus en avance dans le « hairstyle », c’est l’Aisne. C’est d’ailleurs de là qu’est originaire Esteban Morillo, le gentil crâne d’œuf qui s’est si bravement défendu contre le voyou qui le traitait de facho qu’il l’a légèrement tué-, et ils sont trois cents d’jeuns dans son genre, tellement accros à Afflelou qu’il ne leur reste plus rien sur le caillou. Trois cents qui n’ont pas attendu la prochaine libération pour se faire tondre. Leur devise : « Si un bon arabe est un arabe mort, un bon skinhead est un skinhead chauve ! ».

par Chraz

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