Choupette, le chat Chanel
Par Anthony Casanova , le 26 février 2019

Anthony CASANOVA est politiquement correct

A l’annonce du décès de l’homme qui préférait les cintres aux femmes au point de faire de l’anorexie une valeur marchande, nous avons appris qu’il avait nommé pour héritière son animal de compagnie. Parions que Choupette, c’est le nom de la petite boule de poils de Lagerfeld, ne doit pas encore mesurer le nombre d’envieux qu’elle vient de faire. Il faut dire qu’un chat mène généralement une vie inutile où la notion d’argent est aussi irréel que les vertus de la pointeuse électronique. Car les animaux sont inférieurs aux humains, la preuve: ils vivent sans Dieu, sans boulot, sans tabou, c’est vous dire s’ils sont cons.

Cependant, une société qui ne préoccupe pas du sort des animaux est une société vouée à accentuer les inégalités. Par exemple, le débat sur la viande halal m’a toujours étonné:  Au lieu de se préoccuper de la dignité de l’animal, de trouver des solutions pour que les animaux «destinés à la consommation» souffrent le moins possible, nous sommes là, à nous questionner sur quelle est la divinité qui passera notre tube digestif avant de s’en aller finir sa route à l’ombre des programmes de la France Insoumise et du Rassemblement National.

La cause animale, de ceux qui nous tiennent compagnie à ceux qui sont en sauce quand le «dîner est servi», ne vaut-elle pas mieux que nos méandres métaphysiques? C’est à eux que nous devrions penser plutôt qu’à nos traditions, religions, et autres absurdités ancestrales. Car la méthode que nous devrions privilégier pour l’abattage est celle qui réduirait au maximum la souffrance de l’animal, et si, par hasard, c’est la façon mormone qui est la moins cruelle, eh bien nous boufferons mormon, et c’est tout!

Bref, Karl aimait Choupette et sans doute ce fut réciproque. Ah qu’il est beau cet amour inconditionnel de l’animal pour son maître, son propriétaire, son gargotier, ou parfois même son tortionnaire. Il y a dans ce lien fait de pouvoir et de sacrifice, un je-ne-sais-quoi s’apparentant à de l’amour. Un amour véritable qui cause même d’énormes chagrins le jour où Médor cesse définitivement de remuer la queue.

L’animal, peu importe qu’il se couche quand on lui dit de le faire, n’a pas à être la «chose» de l’Homme. Bien qu’on ne puisse que féliciter la France d’avoir donné aux animaux, en avril 2014, la qualité symbolique «d’êtres vivants doués de sensibilité», alors qu’auparavant le code civil les considérait comme «des biens meubles», il reste encore des lieux où l’animal vaut moins qu’un aliment, moins qu’un meuble, moins que rien: Les combats de coqs et les corridas.
Comment un pays « civilisé », moderne, à la page des derniers progrès de la science, peut-il admettre que la corrida soit un jeu, un sport, ou de l’art? Par quel putain de dysfonctionnement du cerveau, admettons-nous que la lie de l’humanité puisse se gloser devant le spectacle sordide d’un animal qui agonise?

Alors ne jalousons pas la fortune de Choupette, elle n’a pas moins démérité que les héritiers Bettencourt. De plus, Choupette risque d’être un modèle pour nos amis fortunés: elle vivra comme si elle n’avait pas un euro, tendra la patte à tout le monde sans discrimination, elle ne risque pas de dissimuler son fric au fisc et ne verra aucun inconvénient au rétablissement de l’ISF. Si seulement tous les riches étaient comme elle.

par Anthony Casanova

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