Christian Estrosi et la pute chinoise
Par Anthony Casanova , le 2 avril 2013

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Nos chères têtes blondes - le Coq des Bruyères

La scène se déroule lors des infos sur France 3. Un débat sur l’abrogation du racolage passif réuni Morgane Merteuil, représentante du STRASS (syndicat des Travailleuses du Sexe) et, notamment, Christian Estrosi en duplex de Nice. Pour ceux qui ne connaîtraient pas le sujet, la loi sur le racolage passif fut dénoncée par Médecins du Monde, des magistrats, des syndicats d’avocats et des associations de défense des droits de l’homme… bref, depuis 10 ans, cette loi est une catastrophe. C’est pourquoi la sénatrice d’EELV, Esther Benbassa, est à l’origine du projet d’abrogation.

Le débat sur France 3 se déroule normalement, puis le présentateur donne la parole à Christian Estrosi. Là, on atteint le sublime. Le maire de Nice, en guise d’introduction, décide de discréditer la jeune fille du STRASS qui, comme vous l’aurez remarqué, a le prénom d’une chanson de Renaud et le nom d’une héroïne de Choderlos de Laclos. Mais Estrosi, fin physionomiste, tel Steven Seagal dans L’Ombre blanche, se lance dans une analyse imparable :
« Je souhaiterais dire toute ma surprise. D’abord de voir que l’on fait intervenir des prostituées étrangères, en l’occurrence une Chinoise semble t-il, pour donner des leçons de morale aux lois que la République française a décidé de prendre ».
A ces mots, Morgane, surprise, laisse échapper un rire nerveux, et le présentateur rectifie en rappelant que ce n’est pas le sujet, et que « mademoiselle » est Française. Certes, Morgane aurait pu signifier son étonnement, en demandant au journaliste pour quelle raison il y avait en duplex un gros con, pilote de moto en l’occurrence, pour parler des avancées sociétales de la France ? Mais sa courtoisie l’empêcha de le faire, ne lui en portons pas ombrage.

Outre le côté « décalé » de l’intervention d’Estrosi, sa « remarque » est symptomatique de la Droite « décomplexée ». Pour Estrosi, Mlle Merteuil n’était pas digne d’être sur le même plateau que son groin de crétin des Alpes Maritimes, pour deux raisons : la première c’est une prostituée, la seconde il n’y aurait pas tamponné « Made in France » sur ses fesses. Si je veux bien que Mlle Merteuil fut incongrue lors d’un débat sur les Hôpitaux publics, il aurait été tout de même plus qu’aberrant qu’on ne lui demande pas son avis sur une loi qui concerne directement sa corporation. Après, vient le fait de donner la parole à une étrangère sur la politique française. Là, c’est plus cocasse. Pour ne pas dire que ça sent le souffre. L’étranger, chez nous – si « nous » voyait les idées d’Estrosi au pouvoir – n’aurait donc pas le droit à la parole ? Il n’aurait rien à dire, si ce n’est « merci » ou « amen », et quand il croise Estrosi le saluer, à la couleur locale, d’un « Sayonara senseï Estrosi » ? Entre la suffisance et un soupçon de xénophobie, on ne peut que s’incliner – et vomir – face à de tels arguments.
Vous remarquerez que je ne m’attarde pas sur le « délit de sale gueule » dont se sert Estrosi pour dire d’une femme qu’elle n’est pas française. Sans nul doute qu’avec la tronche d’Estrosi, il peut passer pour expert en « sale gueule », mais imaginez qu’il ait dit ça à Jean-Vincent Placé ou Rama Yade. Le tollé que ça aurait provoqué !

Pour terminer, n’occultons pas le sujet du débat : la prostitution. Soyons logiques, personne n’est pour la prostitution des mineurs, l’esclavagisme, le proxénétisme… personne. Que se prostituer paraisse immonde, immoral, triste, ou je-ne-sais quoi d’autre, est un fait… mais il ne faut pas nier qu’il existe des femmes qui se prostituent de leur plein gré. Et qu’elles gagnent très bien leur vie ainsi. Il faut faire avec, le nier revient à les priver de leur liberté individuelle, de leur choix. Lutter contre l’exploitation est normal, de nombreuses lois existent déjà dans ce sens. Mais souhaiter l’abolition d’une activité est tout autre. S’il s’agit uniquement de la marchandisation du corps, je vous dirai qu’il existe des métiers où la mise en danger du corps d’autrui est bien plus importante que dans la prostitution. Je citerai comme exemple l’espérance de vie, de près de 20 ans inférieur au reste de la population, des égoutiers de Paris. Pour ces pauvres gens, le travail qui, lui non plus n’est pas très valorisant pour la société, a ce petit plus qui les prive de toute idée de pot de départ à la retraite !

Ce qui gêne est la non-sacralisation de la sexualité. c’est bien différent. Et, surtout ça ne regarde personne, même pas le maire d’une ville dont, dit-on, qu’aucun chien ne peut se balader sans risquer de glisser sur une crotte de vieux.

par Anthony Casanova

# [Les derniers articles de Anthony Casanova]

Patrick FONT - Souvenirs d'un cowboy d'opérette