Chronique de plage
Par Anthony Casanova , le 25 juin 2019

Anthony CASANOVA est politiquement correct

Le Coq des Bruyères partant deux mois en vacances, cette chronique sera donc la dernière de la saison. Pour celles et ceux qui auraient «raté» mes chroniques précédentes, en voici un petit condensé:

«Ils sont nombreux les « salauds » qui étaient aussi artistes. Si certains furent, heureusement, condamnés, d’autres sont toujours passés entre les mailles de la justice. Or, curieusement, le public est toujours plus bienveillant envers ceux qui ne passent jamais devant les tribunaux. Alors, soyons sérieux, hypocrites lecteurs, ne soyez pas plus juges que les juges, plus jurés que les jurés, et plus bourreaux que la mort elle-même.» (Autobiographie de Patrick Font)

«Georges Wolinski, qui avait l’art de l’aphorisme, disait qu’il faudrait donner le pouvoir à ceux qui n’en veulent pas. (…) Une question subsidiaire à la jolie maxime de Wolinski serait de savoir si c’est le pouvoir qui rend mégalomane ou si c’est la mégalomanie qui pousse à prendre le pouvoir ? Peut-être faudrait-il aussi rappeler à tous ceux qui nous gouvernent que s’ils prennent «les gens sont des cons», ils devraient se questionner sur le fait d’avoir été élu par ces mêmes cons.» (Ma retraite dans ta gueule)

«La France de Macron est coupée en deux: «les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien», ceux à qui l’on dit d’emprunter un passage piéton pour trouver du boulot, et ceux, plus malins, qui attendent que vous ayez traversé pour vous faire les poches. Finalement, si la République est En Marche ça doit être pour mieux nous marcher sur la gueule.» (Un camelot à l’Élysée)

«Pour Monsieur Zemmour l’histoire de France est toujours grande. C’est le refrain du patriotisme bêlant: mon pays avait, a et aura toujours raison puisque j’y suis né. Argument aussi absurde que répandu, argument massue dont on se sert pour aller faire la guerre «contre les étrangers tous plus ou moins barbares». Lorsque certains se battent pour des idées d’autres se battront toujours pour des frontières, sans se soucier de savoir si ses frontières protègent les idées les plus nauséabondes. (…) Si on devait être à l’image de nos prénoms, sans nul doute que Zemmour se prénommerait Ducon.» (La patrie selon Zemmour)

«Le but de Russian Today France est de dire aux internautes et aux téléspectateurs que Russian Today France n’est pas le service après-vente de la politique totalitaire de Poutine puisqu’il y a une émission «libre» dans sa programmation, une émission encore plus «libre» que sur toutes les autres chaînes. Cela permettra donc à Russian Today France d’élargir son audience pour accroître son rôle premier: la propagande d’un régime autoritaire.Taddeï se rêvait en cheval sauvage de la liberté, il ne sera que le médiocre cheval de Troie d’une dictature.» (La liberté sauce Poutine)

«La burqa et le niqab sont deux accoutrements qui revendiquent l’inégalité entre les hommes et les femmes. C’est l’étendard de ceux qui déshumanisent les femmes pour les asservir au profit des hommes. Il serait intolérable que le comité des droits de l’Homme de l’ONU, soucieux du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, légitime de quelques manières que ce soit une prison fusse-t-elle de soie. Personne n’a le droit de dire qu’une femme, parce qu’elle est femme, doit se cacher aux yeux du monde. Personne n’a le droit de sous-entendre qu’il serait tolérable de demander à une femme de dissimuler ses mains, sa bouche, son nez, ses yeux parce qu’elle serait biologiquement la propriété d’autrui. Trop de femmes furent et sont assassinées en réclamant le droit de ne pas être voilées pour concevoir que le comité des droits de l’Homme de l’ONU puisse faire de l’aliénation un synonyme de liberté.» (De la liberté d’être esclave)

«Rappelons, à ceux qui auraient la «pudeur» de l’oublier, qu’en France, aux dernières élections présidentielles, les braves camarades de la France Insoumise ont rechigné à faire barrage à l’extrême droite qui poirotait devant notre porte. Que demain ou après demain, c’est à parier, nous aussi nous finirons par avoir un ersatz de Bolsonaro, issu ou non de la famille Le Pen, qui finira bien par gagner puisque nous mettons tant d’efforts à ne pas vouloir que l’extrême droite perde. Le thème musical du film Brazil est Aquarela do Brasil, chanson mélancolique composée par Ary Barroso lors d’une nuit orageuse. Les démocraties vacillent à travers le monde mais, naïvement, on s’en imagine à l’abri, toujours mieux lotis que les autres. On regarde par la fenêtre ouverte tomber la pluie sans s’apercevoir que notre maison prend l’eau.» (Aquarela do Brazil)

«L’argent ne fait pas le bonheur mais je rassure nos amis «riches», la misère ne favorise pas non plus l’euphorie. Lorsque vous avez des soucis pour régler vos factures, la question qui vous préoccupe n’est pas le bonheur mais la survie. Nous savons que ce n’est pas le prix de l’essence qui doit baisser mais les salaires et les minima sociaux qui doivent augmenter. Mais c’est à vous rendre fou de ne pas avoir de quoi se payer une clope. C’est humiliant de savoir que l’on est si pauvre qu’on ne peut même plus mettre de l’essence dans sa voiture pour partir au travail ou tout simplement pour répondre à une offre d’emploi, en rêvant du jour, où l’on pourra, peut-être -ça n’arrive pas qu’aux autres- partir en vacances. Qu’y a t-il de pire que de s’apercevoir que même «rien», c’est déjà trop cher?» (Gilet jaune et clope au bec)

«Dieu, quelque soit le nom qu’on lui donne, qu’il ait crée la Terre en 7 jours ou en s’envoyant en l’air avec Chaos, est le premier extraterrestre imaginé par l’Homme. On espère que Dieu est gentil mais, à tout hasard, on s’agenouille en le priant pour ne pas froisser sa susceptibilité. Malheureusement pour l’Homme, plus il cherche Dieu plus la science lui prouve qu’il cherchait au mauvais endroit.» (Dieu et les extraterrestres)

«En élisant un président qui se fit passer pour un candidat ni de droite ni de gauche, on se retrouve avec une manifestation n’ayant aucun horizon idéologique soutenu par les abrutis aux lendemains qui chantent et les salauds de l’avenir qui marchent au pas. Besancenot et Le Pen claironnent «Macron démission», Mélenchon et Wauquiez veulent leur revanche, et face à tous ces calamiteux, on se dit que c’est en s’alliant à n’importe qui que l’on va finir par avoir n’importe quoi.» (Gilets jaunes, like and share)

«Si l’on naît Jean Cabut par accident, on ne devient pas Cabu par hasard. (…) En cette période où les gros beaufs de l’extrême gauche et de l’extrême droite rivalisent de connerie pour vilipender les journalistes, précisions que si Cabu était un dessinateur d’exception, il était aussi et surtout journaliste. Sa carte de presse avait le numéro 21991. Il informait, il faisait rire et réfléchir, bref Cabu fut et reste un antidote à la médiocrité.» (Cabu 21991)

«Méfions-nous de ceux qui conspuent la presse. Ils accusent les médias d’être aux ordres d’un hypothétique système parce qu’ils enragent que la presse ne soit pas à leur botte. Et c’est une maladresse qu’ils s’empressent très vite de rectifier une fois qu’ils franchissent les portes du pouvoir.» (Vilaine presse et gentils salauds)

«Macron, qui ne sait plus à quel rond-point se vouer, lui qui déclarait l’année dernière s’inquiéter d’une «radicalisation de la laïcité», ne trouve rien de mieux à faire que de retoucher à la loi de séparation des Églises et de l’État. Si ce n’est pas le signe que rien n’est fait, que rien n’est pensé pour que cesse cette soumission vis-à-vis de l’obscurantisme, alors personne ne s’étonnera lorsque l’idéal universaliste se tronquera en dystopie communautariste.» (Charlie, te souvient-il)

«Débattre cela sous-entend que le thème abordé pourrait être modifié, or il y a des avancées universalistes qui sont et doivent rester immuables. Non, on ne débat plus pour savoir si une relation homosexuelle vaut une relation hétérosexuelle. Non, on ne débat plus pour savoir si on a le droit d’assassiner une personne après un jugement. Non, on ne débat plus pour savoir si les femmes peuvent être décisionnaires de leur corps. Ces sujets ont déjà été traités, et il serait indigne de les remettre en cause. Et puis quoi encore? Se demander si le droit de vote pour les femmes est bien utile? Si l’on a raison d’être en démocratie? Il y a des sujets dont ne serait-ce que l’idée d’en débattre est une ignominie en soi. Chaque fois que l’on essaye de résoudre une crise politique par de gros sabots démagogiques, on fragilise la démocratie. Et le peuple est toujours perdant lorsqu’il se plie devant la foule.» (Grand débat et gros malaise)

«Via la vie de Philippe Val, c’est l’histoire de la gauche contemporaine qui nous est contée. Cette gauche qui, amnésique après la Seconde Guerre mondiale, se réinvente entre un désir d’émancipation universaliste et les tentations totalitaires. Une gauche qui est noble dès qu’elle parle des droits de l’homme mais qui fut monstrueuse en rêvant de Castro, Mao, Staline, Trotski et Chávez.» (Philippe Val et lui)

«Il est de bon ton d’être suffisant en arguant que «les gens sont des cons», qu’ils aiment la merde alors pourquoi faudrait-il s’en priver d’en faire? C’est l’argument phare des publicitaires et de la majorité des têtes pensantes des médias qui se rassurent en vendant du vide parce que, en vérité, ils seraient bien incapables de proposer autre chose.» (Qui de l’œuf ou du like?)

«Ce qui est reproché à l’enseigne Decathlon n’est donc pas de s’asseoir sur la loi concernant la séparation des Églises et de l’État mais de jouer le jeu d’une idéologie prônant l’inégalité entre les genres. N’en déplaise aux amateurs de couvre-chefs, le voile islamique et ses dérivés ne sont pas des serre-tête ou des bandanas mais un uniforme théologique. La preuve en est que dans les pays où il est obligatoire, les femmes risquent la prison ou la vie en essayant de s’en affranchir. (…) Or, la polémique du «hijab running» de Decathlon ne pose aucun problème légal mais seulement un problème éthique: Peut-on collaborer avec une idéologie réactionnaire faisant des femmes les sujets des hommes? (…) Signe des incohérences de notre société, la polémique du hijab de Decathlon voit des capitalistes convaincus parler de morale à une entreprise qui crée l’offre en attendant la demande, et des anticapitalistes chevronnés prendre position pour une grande entreprise qui utilise le mépris des femmes pour faire du fric. Si dans le sport on ne fait pas de politique, n’oublions pas que le pognon en fait toujours.» (Decathlon, le fond de la forme)

«Dès que l’on aborde le sujet de l’antisémitisme en France, nous pouvons être certains que nous allons devoir répondre à des phrases commençant par «Israël», «sioniste», «Gaza», «USA»… et que la discussion ne va plus tourner autour de la lutte contre l’antisémitisme mais s’embourber sur ce qui, pour l’interlocuteur, n’est jamais antisémite. (…) Dénominateur commun de toutes les discriminations, une personne sexiste, homophobe ou raciste débutera quasiment toujours son discours en vous disant qu’elle n’est pas ce dont vous allez finir par l’accuser si elle continue à développer ses arguments. L’antisémitisme ne déroge en rien à cette règle, c’en est même l’exemple parfait.» (Juif, le mot qui se murmure)

«Du microcosme qui va des socialistes aux communistes, on aime rassembler la gauche tout en rivalisant d’ingéniosité pour la diviser. C’est une technique assez audacieuse qui permet de perdre la tête haute au cri de «plutôt crever que de gagner avec les cons d’à côté», et ça tombe bien puisque, crever, c’est ce que la gauche fait de mieux en ce moment. Ainsi, au grand dam de celles et ceux qui espèrent une société sociale et solidaire, laïque et écologique, la France enverra au parlement européen une majorité de députés venant du Rassemblement National. Bref, pour paraphraser Cavanna, en découvrant le résultat et le taux d’abstention record le soir du 26 mai, nous en conclurons que l’Europe est une jolie fille, pomponnée et maquillée, assise sur un tas de merde.»(Recherche ma gauche désespérément)

«La haine millénaire envers les femmes laisse à penser que si elles n’avaient pas eu des ovules que l’homme puisse féconder, elles auraient disparu de la surface du globe depuis bien longtemps. Ce qui est précieux chez la femme, ce ne sont pas ses pensées, son corps, ses désirs ou son rire, non ce sont ses gamètes. La femme est faite pour enfanter, un point c’est tout. Sa vie importe peu du moment qu’elle a laissé à son connard un héritier. C’est pour cette raison -il n’y en a pas d’autre- que le droit à l’avortement est combattu avec autant d’acharnement. La femme ne pouvant décider de ce qui la regarde puisque c’est l’homme qui en a la garde. (…) Mais, sait-on jamais, la tentation d’interdire totalement l’avortement donnera peut-être l’envie à l’Alabama de rejoindre le club sélect des «bons vieux pays de merde» où l’avortement y est totalement interdit. (…) Heureuses contrées où l’on préfèrera toujours une femme morte à une femme libre.» (La peine de vie)

«Nous semblons nous satisfaire d’une société où le dernier des hommes vaudra toujours mieux que la première des femmes. (…) Dès que les femmes sont sur le devant de la scène, entre railleries et mépris, la bande à Ducon beugle que «trop, c’est trop». Bien sûr, toutes ces railleries et ce mépris, tous ces cris d’orfraie et ce paternalisme, c’est au nom de LA femme. Cette femme qui est belle et tais-toi, cette femme qui est maternelle et antédiluvienne, cette femme qui doit être pudique et discrète, vierge en société et putain lors du devoir conjugal. C’est ça LA femme, ce n’est pas une virago «parce que, vous comprenez, si les femmes deviennent comme les hommes, alors ça dégoutera les hommes, et ce serait une catastrophe». C’est ainsi, il y a des hommes qui confondent aimer les femmes et aimer éjaculer en elles. La nuance peut paraitre infime et pourtant elle est immense. Que cette engeance de mâles disparaissent, l’humanité ne s’en portera pas plus mal. Ceux qui pensent avec leurs couilles ont toujours les idées flasques.» (Misandrie à part)

«Après Riss, Luz, Coco, Juin et Félix, félicitons notre ami Biche d’avoir intégré le joyeux club des dessinateurs qui font dire aux cons: «je ne suis plus Charlie». Nous avons beau expliquer depuis plus de 4 ans que le slogan «Je suis Charlie» exprime une solidarité et un soutien aux victimes du terrorisme de janvier 2015, et non la revendication d’un abonnement au journal satirique Charlie Hebdo, rien n’y fait. Eh bien soit, vous n’avez plus envie d’être «Charlie» à cause d’un dessin? Soyez «Daech», bande de cons, ils recrutent en ce moment.» (Dessine-moi un dessin)

PS: on se retrouve le 3 septembre pour le prochain numéro. Bonne canicule à toutes et à tous.

par Anthony Casanova

Anthony Casanova par Babouse

# [Les derniers articles de Anthony Casanova]

Patrick FONT - Souvenirs d'un cowboy d'opérette