Chroniqueur, c’est pas une vie
Par Naqdimon Weil , le 2 décembre 2019

NAQDIMON fait son malin

Tiens, moi qui vous cause environ toutes les semaines, voire hebdomadairement ou même tous les 7 jours le mardi, de mes humeurs du moment, je pense qu’il est loisible de me qualifier de chroniqueur. Car même si j’écris de fines saillies rigolatoires et revendicatives dans un journal, fut-il en ligne, je ne suis pas journaliste, car 1) je ne fais pas œuvre de dire le vrai ou de rapporter les faits après avoir croisé les sources, 2) je n’ai pas de carte de presse et n’ai pas l’intention d’en avoir une, je préfère la carte de fidélité de chez Jacquie et Michel, et surtout, 3) moi, je donne mon opinion, qui certes est très très intelligente et subtile, ne le niez pas, vous me vexeriez, mais seulement et uniquement mon opinion. Notez, c’est ce que font de doctes porteurs de cartes de presse, tels Brice Perrier, de Marianne ou Célia Mebroukine et Timothée de Rauglaudre, du Nouvel Obs, qui bavent sur les rouleaux de certains sans avoir enquêté, juste parce que leurs opinions ne leur reviennent pas. Mais bref, je ne suis pas journaliste, moi, je picore dans l’actualité un sujet qui m’amuse ou m’agace et, chauffe, Marcel, je fonce dans le tas, j’y consacre 4500 signes et je m’évite ainsi une psychanalyse en tentant de faire – un peu – se marrer les lecteurs.

Donc, arrivé le dimanche soir, en général, je décide de ce qui va faire mon miel cette semaine là, je cherche une idée d’accroche, je peaufine un ou deux bons mots, quelques grossièretés surannées, une insulte à un gland à paillette en passant, emballé, c’est pesé, voyez caisse. C’est bien, ça ne mange pas de pain et parfois, j’ai même des réactions agacées ou vengeresses, ce qui me fait ma semaine. Bref, c’est une voie pavée d’or et de roses.

Sauf des fois.

Comme cette semaine, tiens, vu qu’on en cause. Car, suite à une réaction d’une mienne amie sur FatchBouc la semaine passée, réaction à propos d’un commerçant du marché de Nancy qui se fournirait à Rungis, j’allais entamer une grande litanie sur les vraies fausses bonnes idées quant à la maîtrise du transport des denrées alimentaires, le fait de penser que le circuit court est par nature moins polluant et que patin couffin, faut pas prendre la proie pour l’ombre, les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages et les vessies pour des lanternes, même si ça, c’est marrant quand on se soulage, ça fait les illuminations de Versailles à moindre coût. Mais voilà que débarque dans mon actualité une histoire d’institutrice catcheuse, salement dénoncée par de vilains parents d’élèves plus cons qu’une poule devant un récital de Jean-Michel Jarre, du pain béni. Je voyais déjà la montée en puissance jusqu’au zénith de mon agacement, avec insultes calibrées et injures par bottes de douze, donc exit le commerce de bouche, haro sur les donneurs de leçons et les pisse-froids.

Sauf que.

Sauf que l’histoire est moins simple que ce que la presse régionale, en l’espèce France 3, raconte à son propos, du moins d’après des milieux autorisés et des témoins. Honnêtement, les témoins, moi, je ne sais pas qui ils sont, peut-être des mythomanes ou des enragés de la controverse qui cherchent simplement à troller une conversation. Mais si ce qu’ils disent est vrai, alors, j’ai un l’air d’un couillon avec mes emportements à 5 centimes démonétisés. Déjà que je n’ai pas toujours l’air fin, là, ce serait le pompon. Donc out, l’histoire de l’instit-catcheuse mal considérée dans son école, ne mettons pas le nez entre le marteau et l’enclume, ça fait super mal et je viens tout juste de subir une rhinoplastie.

Et me voilà Gros Jean comme devant – j’adore cette expression, elle est très belle, les jeunes ne la comprennent pas, des tas de vieux se trompent sur sa signification et ça vous pose un homme, façon notaire de province dans un roman de Balzac – avec deux sujets dont un incertain et un autre pas travaillé. Alors, que fait un chroniqueur quand il ne sait pas quoi dire ?

Il vous raconte sa vie.
Dont acte.

par Naqdimon Weil

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