La cité de la peur, 2, le retour
Par Naqdimon Weil , le 12 décembre 2017

NAQDIMON fait son malin

OK, d’accord, même en faisant un sacré effort intellectuel, je vais avoir du mal à vous convaincre que la dernière lubie de Goofy Trump a une once d’intérêt dans le processus de paix israélo-palestinien. J’aurais d’autant plus de mal à vous faire croire ça que, perso, je trouve sa décision au mieux contre-productive et à contretemps et au pire, complètement conne. Parce que, franchement, au moment où les sympathiques Saoudiens si tant tellement démocrates tentent de se faire un allié d’Israël contre l’Iran, ce grand pays des Droits de l’Homme, mais uniquement le 29 février de 14h15 à 15h07, dans leur guerre asymétrique, avec les Syriens et les Yéménites pour faire les cadavres, quoi de plus débile que de pousser les Émirs à s’aligner sur les Mollahs ? Il aurait voulu faire plaisir à Téhéran, il ne s’y serait pas mis autrement, l’occupant du Bureau Ovale ! Et, à part Netanyahou, pas le moindre état, même totalement aligné sur les USA, pour trouver ça normal, génial, grandiose ou bienvenu. D’ailleurs, même si ça fait bien plaisir aux Israéliens, ils sont bien contents, merci, vieux, c’est super, mais bon, voilà, ça c’est fait, et ensuite ? Donc, d’accord, c’est vrai, déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem, n’a pas beaucoup d’intérêt, à part de basses raisons de politique intérieure étasunienne.

Et là, je ricane. Trump ne s’occupe pas du monde, il ne cherche qu’à faire plaisir à son électorat. Oh ? Sérieux ? Un politique qui cherche à aller dans le sens de ses électeurs, ça, c’est du jamais vu ! Ben oui, même si les supporters du blondinet ne sont rien que des rednecks bas-du-front évangélistes de tous poils créationnistes ataviques racistes fous des armes et amis du KKK, ce sont ceux qui votent, bref c’est le Peuple et, étonnamment, Trump veut faire plaisir au peuple ricain, aussi con soit-il… Parce que, honnêtement, vous croyez qu’il y a autre chose que de la politique intérieure dans les positions outrées ou mesurées des uns et des autres, dans cette affaire ? Vous croyez vraiment que Joko Vidodo, président indonésien, 1er pays musulman au monde, en a quelque chose à foutre, de la situation de Jérusalem ? Vous pensez franchement que la légitimité politique des uns ou des autres dans la « Ville Sainte », jamais nommément citée dans le Coran,  importe vraiment aux dirigeants arabes qui se contre-branlent des Palestiniens, au point d’avoir laissé les armées de Bashar et leurs supplétifs libanais du Hezbollah armés par Téhéran les faire crever de faim à Yarmouk avant de les massacrer ? Vous imaginez réellement que Jupiter Macron se réveille en se demandant à qui revient le droit fondamental de diriger Jérusalem ou qu’il se demande « Qu’en pensent mes électeurs ?' », hein, en fait ?

Et puis, si on en est là, il est où, le problème ? Israël, état des juifs – mais sans que le judaïsme soit nécessaire pour en être citoyen -, a toujours fait de la ville antique sa capitale, mais Israël, état démocratique, s’est également engagé à maintenir le libre accès aux « lieux saints » à toutes les confessions, comme il le fait depuis 67. Trump reconnaît ça aujourd’hui. Je ne vois pas la différence. À moins, évidemment, que les pays arabes ne supportent pas l’idée d’une autorité juive sur les lieux de prière musulmans. Et si c’était le Pape qui recevait la Mairie de Jérusalem, en tant qu’héritier de Saint Pierre et toute la clique, ça leur irait mieux ? Ne me dîtes rien, j’ai comme l’idée que je connais déjà la réponse… Parce que finalement, à Jérusalem, il n’y a que les catholiques qui soient parfaitement légitimes, vu que le judaïsme est né dans le désert du Sinaï, selon la Thora et l’islam entre Médine et La Mecque, d’après le Coran. Marrant, non ? Heureusement que le Pape François ne me lit pas, il pourrait avoir envie d’une croisade, là, tout soudain.  Bref, la décision de Trump est géopolitiquement inepte, elle a au moins le mérite de rappeler certaines réalités.

Ah, ben, tiens, si déjà on cause de réalités, lorsqu’un ambassadeur du Nimportoukistan vient présenter ses lettres de créance au Président de la République israélienne, il va à Jérusalem,. Quand le 1er Ministre de l’état hébreu convoque un diplomate étranger pour lui chatouiller le neurone à antisionisme, celui-ci se rend à Jérusalem. Si un député lambda de notre belle Assemblée Nationale veut voir une séance de la Knesset, il se pointe à Jérusalem. Bref, si on veut croiser les services de l’État d’Israël, on débarque à Jérusalem.

Qui n’est évidemment pas la capitale d’Israël.

par Naqdimon Weil

Naqdimon by Ranson

# [Les derniers articles de Naqdimon Weil]

Patrick FONT - Souvenirs d'un cowboy d'opérette